Plus de 60 ans après la guerre, la recherche de survivants des camps continue
BAD AROLSEN (AFP) — Plus de soixante ans après la guerre, Freddy peut découvrir que sa mère a survéçu aux camps nazis: au Service international de recherches (SIR) de Bad Arolsen (centre de l'Allemagne), la recherche de survivants de l'Holocauste continue de donner des résultats.
Freddy avait neuf ans lorqu'il fût libéré du camp de concentration de Buchenwald en 1945. Ses parents avaient disparus. Il apprend qu'elle était partie vivre aux Etats-Unis, sans qu'aucun des deux ne sache que l'autre vivait toujours.
Freddy "avait moins de cinq ans lorsqu'il a été enfermé dans un ghetto (en Pologne) et séparé de sa mère et de son père", raconte à l'AFP Sallyan Amdur Sack, de l'Institut international de généalogie juive, en parlant de son cousin pour lequel elle examinait les archives du Service International de Recherches.
"Ma tante et mon oncle ont tenté de retrouver des membres de sa famille" après l'avoir adopté en 1949, mais en vain, en raison d'une confusion sur le prénom de la mère, selon Mme Amdur Sack, qui habite le Maryland, aux Etats-Unis.
Elle n'a découvert la vérité qu'en examinant elle-même, début mai, les archives du SIR qui portent sur plus de 17,5 millions de déportés et travailleurs forcés entre 1933 et 1945.
"J'ai failli me trouver mal lorsque j'ai réalisé que la mère de Freddy avait survécu", a-t-elle confié, refusant de donner son identité avant que la famille soit prévenue.
La mère de Freddy "s'est remariée et a eu deux autres garçons. Des jumeaux. Elle aussi est partie vivre aux Etats-Unis en 1949", a-t-elle ajouté.
"Elle aurait 93 ans. La plupart des gens passés par les camps ne vivent pas si vieux". Il reste toutefois l'espoir que Freddy puisse retrouver ses demi-frères.
Jusqu'en novembre, le SIR, administré par le Comité international de la Croix Rouge (CICR), n'ouvrait ses dossiers qu'aux victimes et leurs ayant-droits. Mais les onze pays administrateurs, dont la France et les Etats-Unis, ont maintenant autorisé l'accès aux chercheurs.
Sur les quelque 800 demandes reçues chaque mois par le SIR, environ 10% concernent des personnes disparues, selon Margret Schlenke, responsable du service de recherche.
"Nous trouvons réponse à environ un tiers des demandes -- soit pour confirmer une mort, soit pour permettre à des gens de se retrouver, ce qui est vraiment merveilleux", ajoute-t-elle.
Le nombre des demandes a connu un soudain rebond avec la fin de la Guerre Froide.
"Après la chute du Mur (en 1989), ça a été comme un raz-de-marée, beaucoup de personnes de l'ex-Allemagne de l'est, ou des pays d'Europe de l'est, qui ne pouvaient ou n'osaient écrire, ont demandé des informations", selon Mme Schlenke.
Aujourd'hui beaucoup de demandes proviennent de familles qui veulent connaître le parcours de parents morts à l'époque.
Récemment, selon Nathalie Letierce-Liebig, responsable de la mission française à Bad Arolsen, un Français qui cherchait à connaître l'histoire de son père, récemment décédé, a appris que ce dernier, durant la guerre, avait eu une fille en Allemagne avec une prisonnière russe.
Ce n'est qu'alors qu'il a compris pourquoi son père, sur son lit de mort, avait prononcé le nom d'une femme que personne ne connaissait.
Aujourd'hui, des recherches sont en cours pour retrouver sa demi-soeur en Russie.
D'autres cas sont plus tragiques.
Une femme, née en 1939 et placée dans un orphelinat en France, a voulu connaître le sort de ses parents, opposants d'Hitler, qui avaient fui en France où ils furent arrêtés.
"Nous avons découvert qu'ils ont été décapités", selon Mme Letierce-Liebig. "Les corps avaient été remis à un institut d'anatomie et disséqués. Je ne sais toujours pas comment lui dire", a-t-elle ajouté.
Pour Udo Jost, responsable des archives qui y travaille depuis 24 ans, "lorsque je sens que mon travail tourne trop à la routine, il me suffit d'aller lire quelques dossiers. Cela me met en colère et je reprends le travail avec ardeur".

