Environnement: un ambitieux itinéraire de traversée du Mercantour fait débat

NICE (AFP) — Sanctuariser la haute-montagne, sa faune et sa flore sauvage ou l'aménager pour la rendre accessible au plus grand nombre? La controverse s'est installée dans le Mercantour après l'annonce de la création d'un ambitieux itinéraire de randonnée traversant le massif d'ouest en est.

Samedi, une centaine d'opposants -soixante-dix selon les gendarmes- au projet des "Balcons du Mercantour", porté par le Conseil général des Alpes-Maritimes, ont formé une chaîne humaine sur le chantier du parcours, accessible au bout de trois rudes heures de marche et 1.500 mètres de dénivelé.

Née sur les forums internet d'amateurs de haute-montagne, la polémique concernant la création de cet itinéraire de 140 kilomètres cheminant à plus de 2.000 mètres d'altitude a pris de l'ampleur. Une pétition demandant la modification du projet a réuni plus de 1.000 signatures depuis le début de la semaine.

Les opposants critiquent "la démesure" d'une réalisation dont Christian Estrosi, président du conseil général des Alpes-Maritimes, ne cache pas l'ambition: "en faire un itinéraire reconnu internationalement à l'image du tour du Mont-Blanc, de Chamonix-Zermatt, des Dolomites", a-t-il exposé lors de la présentation, sur site, du parcours.

Un budget de 20 millions d'euros sera consacré à la première tranche, en cours de réalisation. La construction de plusieurs hébergements neufs est également prévue. Au total, l'itinéraire devrait emprunter un quart de nouveaux sentiers et 3/4 déjà existants, selon M. Estrosi.

"C'est une conception dépassée et inadaptée du développement touristique en montagne, juge Eric Teisseire, l'un des animateurs de la fronde. Un itinéraire comme Chamonix-Zermatt, une balafre dans la montagne devenue autoroute à touristes, fait aujourd'hui l'unamité contre lui et fait fuir les randonneurs", affirme-t-il.

Les premiers reportages montrant des engins mécaniques attaquant la masse rocheuse pour dégager un sentier ont accru l'inquiétude des opposants quant à l'impact environnemental des travaux.

L'association de protection de la montagne "Moutain Wilderness France" a pris position "contre une telle démarche dénaturant le caractère sauvage d'espaces d'une grande valeur". Le syndicat national de l'environnement (SNE), majoritaire parmi les personnels des espaces protégés en France, a également émis de fortes réserves.

Le Parc national du Mercantour, dans le périmètre duquel est inclus l'itinéraire, semble opter pour la diplomatie. Son directeur par intérim, Pierre de Commenville, a déclaré à l'AFP trouver "le principe vraiment intéressant. Il y a une forte demande d'espaces sauvages de la part du grand public".

Tout en reconnaissant que "le parc national n'a pas été consulté sur une vision détaillée et globale du projet. Pour nous, c'est une esquisse qui peut encore être améliorée".

"La haute montage est le dernier sanctuaire préservé, l'homme ne doit y être que toléré. Pourquoi faudrait-il augmenter sa fréquentation?", plaide de son côté Eric Teisseire.

Pour renforcer l'attractivité de l'arrière-pays azuréen qui peine à concurrencer le littoral, répondent les promoteurs du parcours.

D'autant qu'"il n'est pas question de faire de ce parcours une +autoroute à touristes+". Il restera extrêmement sélectif", affirme Christian Estrosi.

Lui qui a placé son mandat de maire de Nice sous le signe du développement durable se défend de tout risque d'atteinte à l'environnement et affirme être prêt à associer au projet ses actuels détracteurs.