PARIS (AFP) — Des députés UMP sont repartis mardi à l'assaut de l'impôt sur la fortune (ISF) après la naturalisation monégasque d'Alain Ducasse, en s'interrogeant aussi sur l'efficacité du "bouclier fiscal" qu'ils ont voté il y a tout juste un an.
"Alain Ducasse a donné le signal, assez d'idéologie!", a lancé Jérôme Chartier (UMP), qui veut "sacraliser" la maison familiale - en clair, la sortir du calcul de l'ISF.
"C'est choquant qu'elle le soit", a abondé le président UMP de la commission des Affaires économiques, Patrick Ollier, gaulliste revendiqué.
"Il faut revoir de fond en comble cette fiscalité française. Il faut ouvrir ce débat de façon très adulte", a poursuivi M. Chartier, qui veut "que l'argent des plus riches reste bien en France" malgré "la concurrence fiscale" entre pays.
"La France est une nouvelle fois victime de sa fiscalité excessive. Après nos artistes, nos sportifs et nos grands chefs d'entreprises, l'ISF s'attaque désormais à nos artisans de renom et de talent", a déploré elle aussi la sénatrice UMP Catherine Dumas.
En juillet 2007, les parlementaires UMP avaient voté le "bouclier fiscal" qui garantissait aux contribuables aisés tentés par l'exil (comme Johnny Halliday parti en Suisse) de bénéficier, in fine, d'au moins 50% de leurs revenus (et non 40% comme avant).
"Le bouclier fiscal a montré ses limites, parce qu'il y a des boucliers fiscaux beaucoup plus performants qu'en France", a estimé aujourd'hui M. Chartier.
"Ce bouclier a apporté un début de réponse mais ce n'est pas suffisant parce qu'il y a encore aujourd'hui au moins deux contribuables qui quittent le pays chaque jour", a estimé le président UMP de l'Assemblée Bernard Accoyer.
843 redevables de l'ISF -représentant 2,8 milliards d'euros de capitaux- ont quitté la France en 2006, a indiqué récemment le rapporteur général du Budget au Sénat, Philippe Marini.
L'ISF a représenté un produit de 4 milliards d'euros en 2007, contre 2,4 milliards en 2001.
"Le bouclier est quand même particulièrement efficace puisqu'aujourd'hui, un Français ne peut pas payer en impôts plus de la moitié de ce qu'il gagne", a tempéré l'une des trois porte-parole de l'UMP, Chantal Brunel.
Il y a quelques semaines, Mme Brunel avait été applaudie par... la gauche pour une question au gouvernement sur le besoin de plafonner les niches fiscales.
Alain Ducasse, l'un des symboles de la gastronomie française, va perdre sa nationalité française en devenant citoyen monégasque. Il a cependant indiqué qu'il continuerait de payer des impôts en France pour ses restaurants situés dans son pays d'origine.
"Cela fait 15 ans qu'il est à Monaco, il a des restaurants à Monaco, il crée des emplois en France. Il faut arrêter d'avoir la culture du bouc-émissaire", a estimé M. Ollier.
Au PS, l'affaire Ducasse a évidemment relancé les critiques contre le bouclier fiscal.
"Les riches ne veulent plus payer aucun impôt. Le bouclier fiscal a servi de légitimation morale à des attitudes qui ne le sont pas", a commenté le député PS strauss-kahnien de Paris Jean-Marie Le Guen.
En réponse, l'affaire Ducasse a inspiré un syllogisme au député UMP libéral-villepiniste Hervé Mariton: "si nos dispositifs (fiscaux) étaient aussi excessifs que les socialistes l'ont dit, Ducasse ne serait pas parti. Si Ducasse est parti, c'est que les socialistes n'avaient pas raison".
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