Procès Colonna: la "souffrance" d'un membre du commando devant ce "gâchis"

PARIS (AFP) — Didier Maranelli, complice présumé d'Yvan Colonna dans l'assassinat du préfet Claude Erignac, a tenté vendredi de dédouaner l'accusé mais il a surtout laissé transparaître sa "souffrance" devant le "formidable gâchis" de cet acte.

"Hélas, il y avait un homme derrière le symbole, c'est ça qui provoque la souffrance. C'est pour cela que je parle de gâchis", a dit ce nationaliste de 43 ans qui purge une peine de 25 ans de prison pour avoir été reconnu coupable de participation à l'attentat contre le plus haut représentant de l'Etat sur l'île le 6 février 1998.

En Corse, "tout reste en l'état... J'y ai cru, je n'en suis que plus déçu. Toutes les actions que nous avons menées n'ont pas produit les effets escomptés", dit-il, parlant d'un "formidable constat d'échec".

Le referait-il aujourd'hui ?, lui demande le président Dominique Coujard. "Encore une fois ? Ca, certainement pas", lâche celui qui est l'un des six membres du commando sous les verrous.

C'est parce qu'il avait donné le nom d'Yvan Colonna lors de son interrogatoire le 23 mai 1999 que la police avait tenté, en vain, d'arrêter le berger corse, parti pour une cavale de plus de quatre ans avant d'être retrouvé dans le maquis.

A l'automne 2000, Didier Maranelli était revenu sur ses accusations et, aujourd'hui, malgré son désarroi devant sa cause perdue, il n'entend pas varier.

En garde à vue, affirme-t-il, les enquêteurs lui ont fait comprendre qu'ils pourraient faire incarcérer sa compagne, voire impliquer son père malade.

"J'ai déclaré ce que les enquêteurs m'intimaient au sujet d'Yvan Colonna" contre lequel "j'ai porté des accusations injustes", dit-il.

Pourquoi les avoir maintenues si longtemps ? "La peur ne se compte pas en mois", répond-il, expliquant être finalement revenu sur ses déclarations parce qu'il ne "pouvait pas laisser clôturer ce dossier en laissant accuser un innocent".

Et si les questions deviennent plus précises, il répète la même formule : "je ne donnerai aucun détail d'ordre structurel ou technique sur le groupe".

Son ex-compagne Valérie Dupuis, mère de sa fille cadette, a tourné la page, s'est mariée et vit à Ajaccio.

Elle avait assuré aux enquêteurs qu'Yvan Colonna leur avait rendu visite le lendemain de l'assassinat et s'était brièvement entretenu avec Didier Maranelli, bientôt rongé par l'insomnie et la paranoïa, lui écrivant sur des petits bouts de papier par peur des micros cachés.

Aujourd'hui, elle pense que Colonna est venu "très peu de temps après l'assassinat", mais est "incapable de donner une date".

Pourtant, souligne la défense, ses premières déclarations donnaient un alibi à l'accusé puisqu'elle affirmait que cette visite, dans le village de Cargèse, avait eu lieu vers 09H00. Colonna ne pouvait donc pas être à Ajaccio avec des complices, comme l'assuraient d'autres témoins.

Hélas pour ses avocats, Yvan Colonna lui-même a détruit ce scénario en affirmant n'être "jamais passé chez Didier Maranelli, ni le 7, ni le 8, ni le 9", tout en assurant qu'il n'était "pas non plus à Ajaccio", puisqu'il a toujours affirmé avoir été dans les montagnes, à la recherche de chèvres égarées, la nuit de l'assassinat.

Jeanne Ferrandi, autre femme d'un des complices présumés, a eu plus de mal "à faire table rase du passé" : "je me suis fermée à tout cela. Le seul moyen de survivre, c'était d'essayer d'oublier ce cauchemar", dit-elle, répondant invariablement qu'elle ne se "souvient pas" lorsqu'on l'interroge sur ses anciennes déclarations impliquant l'accusé.