Carambolage de l'A10: six peines de 3 mois de prison avec sursis requises

POITIERS (AFP) — Des peines de 600 euros d'amende à 3 mois de prison avec sursis ont été requises mardi à l'encontre de dix conducteurs, jugés par le tribunal correctionnel de Poitiers cinq ans après le carambolage de l'autoroute A10 qui avait provoqué la mort de neuf personnes en 2002.

Les défenseurs des dix prévenus ont demandé pour leur part la relaxe pour leurs clients, à l'issue de ce procès qui s'est achevé avec 24 heures d'avance sur le calendrier initial.

Le jugement a été mis en délibéré au 20 décembre.

Des peines de 3 mois avec sursis, assorties de 4 mois de suspension de permis et 350 euros d'amende, ont été requises contre six automobilistes ou chauffeurs poursuivis pour "homicides involontaires".

Le ministère public a demandé un mois de prison avec sursis et des amendes de 900 et 700 euros pour deux prévenus et 600 euros d'amendes pour les deux derniers, tous les quatre jugés pour "blessures involontaires".

"Ce n'est pas le procès du brouillard. Les fautes de conduite sont à l'origine de ce carambolage. Cet accident n'est pas dû à la fatalité", a déclaré Frédéric Chevalier, représentant du ministère public.

"Les conducteurs ont manifestement eu des comportements inadaptés, imprudents et irrespectueux. Avec du bon sens et du respect d'autrui, à mon avis ce carambolage n'aurait pas eu lieu", a-t-il ajouté.

Cette argumentation a été rejetée par les avocats des prévenus, qui ont tous réclamé la relaxe de leurs clients "au bénéfice du doute": "on ne peut pas affirmer avec certitude quel véhicule a percuté quel véhicule", a résumé l'un d'eux.

La défense a également plaidé unanimement le "cas de force majeure", qui "ne permet pas de faire quoi que ce soit lorsque un obstacle surgit soudain devant vous".

Les avocats des parties civiles ont estimé en revanche que "l'accident était évitable" si "les conducteurs avaient respecté les règles élémentaires de prudence". "Il y a certes le brouillard, mais le carambolage s'est produit seulement dans un sens. Il y a donc des responsabilités humaines", avait asséné à l'ouverture de l'audience la présidente du tribunal, Isabelle Fachaux.

Neuf personnes avaient été tuées et 39 autres blessées dans ce carambolage survenu le 5 novembre 2002, vers 09H30, sur l'autoroute A10 (Bordeaux-Paris), alors recouverte par un épais brouillard, à hauteur de Coulombiers (Vienne). Au total, 58 véhicules dont 10 poids-lourds ont été impliqués dans cet accident.

Les neuf prévenus présents -un chauffeur russe était absent- ont revécu lundi l'accident grâce à la diffusion d'un film en 3D, "une première en matière de carambolage," selon le procureur Frédéric Fèvre.

En novembre 1993, un autre carambolage sur l'A10, à Mirambeau (Charente-Maritime), avait fait 15 morts et 53 blessés. Les 19 prévenus avaient été relaxés en première instance. Mais, après appel du parquet, 15 d'entre eux avaient été condamnés en octobre 2002 à des peines légères: un an de prison avec sursis pour le chauffeur considéré comme le principal responsable, et de 500 euros d'amende à six mois de suspension de permis avec sursis pour les autres.