Erika: la majorité des parties civiles font appel du jugement
RENNES (AFP) — La plupart des parties civiles, à l'exception notable de l'Etat, ont décidé de faire appel du jugement qui a condamné Total pour le naufrage de l'Erika à une amende de 375.000 euros et, solidairement, à des indemnités d'un montant de 192 millions.
La compagnie pétrolière a décidé de faire appel du jugement prononcé le 16 janvier par le tribunal correctionnel de Paris, qui a, pour la première fois, reconnu l'existence d'un préjudice écologique.
Dans le même temps, Total s'est dit prête à indemniser "immédiatement" les victimes si elles se retiraient de la procédure et renonçaient ainsi à un second procès.
Cette attitude a hérissé certaines parties civiles --plus d'une centaine s'étaient constituées en première instance-- et les a poussées à faire appel.
La région Bretagne, par la voix de son président PS Jean-Yves Le Drian, a dit vouloir "rejeter toute idée de transaction avec le groupe Total" et souhaité, comme la région Pays-de-La-Loire, voir le jugement "amplifié" en appel.
La Bretagne s'est vu attribuer 5,5 millions d'euros d'indemnités et les Pays-de-la-Loire 4,7 millions d'euros.
Ségolène Royal, présidente PS de la région Poitou-Charentes, a, elle, qualifié de "scandaleux" l'appel de Total.
Quant à Philippe de Villiers (MPF), président du conseil général de la Vendée, il a dénoncé "une pure manoeuvre qui révèle un véritable mépris pour les victimes et une grande arrogance".
La Ligue de protection des oiseaux (LPO) et Greenpeace ont aussi fait appel. "Après le +responsable mais pas coupable+, Total invente le +solvable mais pas responsable+", a lancé Yannick Jadot, directeur des campagnes de Greenpeace France. L'association s'est vu accorder 30.000 euros d'indemnisation et reconnaître le préjudice écologique.
De son côté, l'Etat, qui a bénéficié de la plus grosse part des dommages et intérêts avec 154 millions sur 192, a décidé de ne pas faire appel, estimant que la décision lui était "favorable". Il sera cependant présent en appel pour demander la confirmation de la sanction pénale, sans demander de dommages et intérêts supplémentaires.
Quelques communes, comme La Baule, Guérande, Les Moutiers-en-Retz, Saint-Molf, ont renoncé à poursuivre, soucieuses de ne pas risquer de voir leurs indemnisations réduites en appel.
Le Morbihan et la Loire-Atlantique ont finalement décidé de faire appel, tout en accueillant positivement la proposition du groupe Total de payer rubis sur l'ongle.
Ainsi, la Loire-Atlantique, département le plus touché par la marée noire et le plus indemnisé (5,3 millions d'euros), va faire "appel" à titre "conservatoire" pour "préserver ses intérêts".
Le département du Morbihan a choisi la même option: il fait appel tout en laissant la porte ouverte à Total pour l'indemniser, auquel cas il se retirerait de la procédure.
Dans tous les cas, le nouveau procès ouvre la possibilité pour les parties civiles de compléter leurs dossiers et de renforcer leurs argumentaires.

