Villepin entendu au pôle financier dans l'affaire Clearstream

PARIS (AFP) — L'ex-Premier ministre Dominique de Villepin a entamé jeudi vers 10H00 une nouvelle audition devant les juges de Clearstream, un dossier dans lequel il conteste toute implication, attaquant Nicolas Sarkozy qu'il accuse notamment d'avoir menti sur sa connaissance de l'affaire.

Arrivé à pied vers 9H50 devant les locaux du pôle financier du TGI de Paris, accompagné de ses deux avocats, Mes Olivier d'Antin et Luc Brossollet, il a fait une courte déclaration à la presse: "L'affaire Clearstream n'est pas une affaire politique. (...) Je fais confiance à la justice pour dire le droit, pour dire la vérité et la justice avec sérénité".

M. de Villepin est poursuivi depuis le 27 juillet pour "complicité de dénonciation calomnieuse, recel de vol et d'abus de confiance et complicité d'usage de faux".

Il est soupçonné par les juges Jean-Marie d'Huy et Henri Pons d'avoir participé à une conspiration visant à déstabiliser l'actuel chef de l'Etat, Nicolas Sarkozy, partie civile dans ce dossier.

Dans une note de 23 pages suivie de 20 notes en annexe, adressée mercredi aux magistrats instructeurs, M. de Villepin réfute cette thèse estimant que le dossier n'est pas politique, mais qu'il s'agit d'une manipulation industrielle sur fond de succession à la tête du géant aéronautique européen EADS.

En outre, dans une des notes remises mercredi aux juges, Dominique de Villepin met en cause Nicolas Sarkozy, en estimant que l'ancien ministre de l'Intérieur, informé tôt de l'existence d'une manipulation, a donné une orientation politique à un dossier qui, dit-il, a été "privatisé au profit d'une seule partie civile".

"Il semble que M. Sarkozy ait été informé très tôt, et au plus tard au mois de mai 2004, des agissements de Jean-Louis Gergorin ainsi, vraisemblablement, que de la mission des vérifications confiée au général Rondot (Philippe, ancien conseiller spécial du ministre de la défense, ndlr)", écrit l'ancien Premier ministre, estimant utile "pour la manifestation de la vérité, d'établir avec précision ce qu'elle (la partie civile) a su et quand elle l'a su".

M. de Villepin avait été entendu pour la première fois le 21 décembre 2006 par les deux magistrats du pôle financier. L'ex-Premier ministre, qui bénéficiait alors du statut de simple témoin avait été entendu pendant 17 heures. Il avait notamment regretté "l'instrumentalisation politique" de l'affaire.

De leur côté, les deux magistrats ont planifié l'interrogatoire et préparé leurs questions depuis qu'ils ont reçu, à la fin du mois de juin, les résultats d'une expertise de l'ordinateur du général Rondot, témoin clé de l'affaire.

Les éléments retrouvés sur son ordinateur suggèrent une implication de M. de Villepin dans une manipulation qui a consisté à dénoncer faussement la présence de personnalités, dont M. Sarkozy, dans un listing bancaire de la chambre de compensation luxembourgeoise Clearstream.

Jean-Louis Gergorin, ex-vice président d'EADS, mis en examen dans le dossier, a notamment affirmé aux magistrats en juillet avoir transmis de manière anonyme le fameux listing au juge Renaud van Ruymbeke à la demande de M. de Villepin, qui lui aurait fait part d'une "instruction" du président Chirac.

Dans sa note, l'ancien chef de gouvernement de Jacques Chirac nie avoir demandé à M. Gergorin d'aller trouver un juge, assurant notamment que si tel avait été le cas, "d'aucun n'aurait pas manqué d'informer" Nicolas Sarkozy. Il nie également toute "instruction" du président de la République.