PARIS (AFP) — Le premier coup de massue a résonné à 23H30: un homme à casquette s'attaque à la masse au panneau doré des ascenseurs de l'hôtel de luxe Royal Monceau en criant des insultes sous les "hourras" du public, des centaines de "VIP" invités à "détruire" l'hôtel avant sa fermeture.
L'hôtel de luxe, racheté il y a un an par le jeune homme d'affaires Alexandre Allard, fêtait jeudi soir sa fermeture avec la "demolition party", "un happening festif et féroce" préalable à quinze mois de travaux menés par le designer français Philippe Starck.
Entre une série de concerts et une kyrielle de performances artistiques les 1.200 privilégiés étaient invités à casser à la masse certaines chambres du palace, dûment encadrés par des vigiles au casque de chantier orange.
Par groupe de seize personnes, les invités enfilent des combinaisons blanches siglées "Demolition Party", des bottes, des casques et des lunettes de protection. Armés de masses plus ou moins grosses, ils disparaissent ensuite dans les chambres du troisième étage, fermées au reste du public. Les coups de masse résonnent à travers les murs.
L'homme à la casquette qui s'attaque aux ascenseurs toujours en marche a pris les devants sans prévenir les vigiles. Les spectateurs crient de joie devant le spectacle tant attendu. L'homme se délecte à défoncer la machine. En fond sonore résonne un moteur assourdissant actionné dans une chambre voisine. C'est le chaos, une coupe de champagne à la main.
Dans une chambre mitoyenne, une baignoire est encastrée dans un mur. Un moteur de hors-bord qui tourne dans une poubelle remplie d'eau est fixé à son bord. Une jeune chinoise l'actionne dans un brouhaha assourdissant et un nuage de fumée insupportable. L'oeuvre est signée de l'artiste Wang Du.
Dans une autre chambre, revisitée par Sudershan Shetty, des machines actionnent des masses en bois qui fracassent mécaniquement des centaines de verres à vin disposés par terre et sur deux tables. Un observateur: "Oh génial, c'est très amusant."
Dans la chambre 109, trois comédiennes gisent immobiles dans le lit, le sofa et sur une chaise, maculés de sang. L'une d'entre elles fait mine d'agoniser. N'étaient les traces de sang, la chambre de luxe est parfaitement en ordre. Un spectateur reste néanmoins imperméable: "Eh les filles c'est fini!"
Dans les couloirs de l'hôtel investis par la foule, on croise Jude Law, Kanye West, MC Solaar, Guillaume Canet, Sébastien Tellier, Jacques Toubon, Jack Lang. Mais aussi des clowns, des jeunes femmes déguisées en infirmière, des hommes en peignoir, des groupes habillés à la mode Grand Siècle. Les invités fument à l'intérieur, écrasent leur cigarettes sur la moquette blanche.
Au téléphone, une jeune femme s'extasie: "C'est hallucinant ce truc." Une autre crie: "Je t'entends pas, je suis dans une pièce où il y a un bruit de tronçonneuse."
"C'est de la punkitude bourgeoise. C'est très marrant des bourgeois qui s'encanaillent en s'attaquant à coups de pioches aux symboles de la bourgeoisie", explique Eric Mitchell, un artiste américain qui regrette que toutes les chambres ne soient pas utilisées par les artistes.
Dans une pièce à part, deux concierges de l'hôtel n'en reviennent pas. "On est tous un peu tristes de voir ça. On est un peu amers. Mais nous on est du petit personnel, on a pas notre mot à dire."
De légers incidents ont émaillé la soirée sans entamer l'ambiance festive. Deux départs d'incendies ont dégagé de la fumée mais ont été rapidement maîtrisés par les pompiers. Des verres et une valise ont été jetés sur la foule dans la cour de l'hôtel, a constaté l'AFP. Ces projectiles ont provoqué de légères blessures sur les convives.
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