ABUJA (AFP) — Un tribunal nigérian a adopté jeudi un arrêté visant à suspendre la rétrocession finale par le Nigeria au Cameroun le 14 août de la péninsule frontalière de Bakassi, attribuée définitivement à Yaoundé par la Cour internationale de justice de La Haye fin 2002.
"Les parties devraient maintenir le statu quo", a déclaré un juge de la haute cour fédérale nigériane à Abuja qui avait été saisie par huit requérants originaires de Bakassi.
"Le sud (de la péninsule de) Bakassi doit être cédé (au Cameroun) le 14 août. Par la présente nous ordonnons que les parties ne prennent aucune mesure dans l'attente de l'examen de toutes les demandes", a déclaré le juge Mohammed Umar qui a reporté l'affaire au 20 octobre.
A plusieurs reprises, les plus hautes autorités nigérianes ont affirmé leur ferme intention de respecter l'accord de Green Tree, signé le 12 juin 2006 à New York, sur la péninsule de Bakassi, région de 1.000 km2 potentiellement riche en pétrole.
"Le Nigeria est prêt et totalement déterminé à ce que la remise" de la dernière partie du territoire "soit réussie, conformément à l'accord de Green Tree", avait assuré le président nigérian Umaru Yar'Adua le 25 juillet.
L'accord, signé dans le cadre d'une médiation américaine et en présence du secrétaire général des Nations unies d'alors Kofi Annan, permet d'appliquer la décision d'octobre 2002 de la Cour internationale de Justice (CIJ) de La Haye, saisie par Yaoundé, qui avait attribué au Cameroun la souveraineté disputée de la péninsule.
Dans une première réaction, le gouvernement de l'état nigérian frontalier de Cross River, a estimé jeudi que cette injonction ne pouvait être applicable, estimant que la cour nigériane ne pouvait agir comme une instance d'appel pouvant juger une décision de la CIJ.
L'avocat des plaignants, Me Kayode Fasetire, a indiqué que l'action ne visait pas à remettre en cause ce jugement international mais concernait ses modalités d'application. "Nous sommes liés par ce jugement, mais la présidence (nigériane) n'a pas soumis l'accord de Green Tree au Parlement pour ratification", a poursuivi l'avocat.
En novembre, le sénat fédéral avait ainsi demandé au président Yar'Adua d'interrompre le transfert de la péninsule au Cameroun jusqu'à ratification.
Pour compliquer le dossier, le chef d'état-major nigérian, le général Owoye Azazi, a affirmé le 17 juillet devant une commission sénatoriale que le président nigérian de l'époque, Olusegun Obasanjo, n'avait pas pris l'avis des militaires avant de signer l'accord de Green Tree.
Héritée de la précédente administration, l'"affaire Bakassi" continue de faire des vagues au Nigeria et faisait encore cette semaine la couverture de l'hebdomadaire Tell sous le titre "Bakassi, le gros fardeau de Yar'Adua".
Malgré ces batailles d'arrière-garde, le processus continue depuis des mois, notamment la délimitation de la nouvelle frontière. En mai, la commission mixte Cameroun-Nigeria est ainsi parvenue à un accord sur la frontière maritime.
Le tracé de cette dernière est d'autant plus important que des champs pétroliers sont à cheval sur la ligne retenue, séparant les eaux nigérianes et camerounaises.
Voisine de l'instable Delta du Niger, la zone de production pétrolière du Nigeria, la péninsule est également le théâtre de multiples violences ces derniers mois.
En juin, les corps d'un sous-préfet et cinq soldats camerounais avaient été découverts mutilés et criblés de balles dans la mangrove et en novembre 2007, 21 militaires camerounais avaient été tués dans la péninsule lors d'une attaque menée par des hommes armés non identifiés.
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