Le retour au pays des oeuvres pillées: un casse-tête en débat à Athènes
ATHENES (AFP) — Conservateurs, archéologues et juristes ont débattu lundi à Athènes du casse-tête que constitue la question du retour dans leurs pays d'origine des biens culturels pillés ou déplacés au cours de l'histoire, aujourd'hui exposés dans les plus prestigieux musées du monde.
Organisée jusqu'à mardi sous l'égide de l'Unesco, cette conférence constitue pour Athènes une nouvelle occasion de réclamer le retour de la frise orientale du Parthénon, exposée au British Museum, qui refuse de la rétrocéder malgré une intense campagne grecque.
Cette frise en marbres sculptés unique au monde avait été ramenée dans son pays au début du XIXe siècle par Lord Elgin, ambassadeur britannique auprès de l'Empire ottoman, avec l'aval des autorités ottomanes qui occupaient la Grèce.
"Cette affaire est un cas d'école", a estimé Françoise Rivière, sous-directrice générale pour la culture à l'Unesco (organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture), interrogée par l'AFP.
"Ce dont nous débattons ici concerne le retour dans leurs pays d'origine d'oeuvres culturelles de première importance pour lesquelles aucun droit international ne s'applique clairement, car elles ont été récupérées le plus souvent dans des conditions d'occupation ou de colonisation", explique-t-elle.
Les oeuvres pillées après la mise en application de la convention internationale de 1970 sur le trafic d'antiquités (aujourd'hui ratifiée par 115 pays) relèvent elles plus directement du droit pénal.
Comme la plupart des grands musées confrontés à des demandes de restitution, le British Museum a toujours invoqué "l'universalisme" de ses collections, qui justifie que soient exposés au plus grand nombre des objets de l'Antiquité grecque au même titre que tout autre chef-d'oeuvre de l'humanité.
Un argument rejeté dans son discours d'ouverture par le président de la conférence générale de l'Unesco, le Grec Georges Anastassopoulos.
"Les monuments contribuent à la création d'une conscience culturelle dans une zone géographique donnée (...) La notion d'accès universel aux biens culturels exposés dans certains musées présentant un caractère universel ne saurait primer sur la notion morale et juridique de propriété", a-t-il dit.
Pas question pour autant que tous les pays puissent se mettre à revendiquer n'importe quelle oeuvre au nom de l'intégrité de leur patrimoine culturel, estiment plusieurs experts.
"Il faut que les conditions du retour de l'objet soient bonnes en termes scientifiques et d'infrastructure", a relevé Christiane Tytgat, ancienne conservatrice aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, qui rapportait comment une moitié d'un rare oiseau sculpté du Zimbabwe - emblème national du pays - avait pu être restituée par l'Allemagne au début des années 2000.
Et encore ce retour n'est-il officiellement qu'un "prêt permanent", a rappelé l'ancien directeur des musées nationaux et monuments du Zimbabwe, Dawson Munjeri. Une formule alambiquée qui permet à l'Allemagne de ne pas établir de précédent face à d'éventuelles demandes futures.
Car les problèmes légaux qui se posent derrière cette question sont légion. "C'est une boîte de Pandore qu'il faut ouvrir avec beaucoup de délicatesse. Mais nous n'avons pas le choix, car cette question des identités nationales et de ce qui les constitue ne fait que monter en force", estime Françoise Rivière.
La Grèce elle a choisi d'augmenter sa pression sur le British Museum: le nouveau musée de l'Acropole, qui accueille la conférence, possède une salle flambant neuve spécialement aménagée pour recevoir l'ensemble de la frise du Parthénon.

