Condoleezza Rice repart lundi au Proche-Orient, secoué par de nouvelles violences

WASHINGTON (AFP) — La secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice repart lundi pour le Proche-Orient et une mission à l'urgence accrue par de nouvelles violences meurtrières qui font peser une lourde menace sur le fragile effort de paix entre Israéliens et Palestiniens.

Mme Rice est attendue mardi au Caire pour des entretiens avec les dirigeants égyptiens sur la situation dans la bande de Gaza, soumise à une offensive israélienne censées faire cesser les tirs de roquettes palestiniennes sur Israël. Plus de 70 Palestiniens ont été tués depuis samedi.

Mme Rice doit ensuite se rendre à Ramallah et à Jérusalem, pour y rencontrer les dirigeants israéliens et palestiniens.

Elle devrait tâcher d'arrêter un engrenage qui pourrait broyer les nouvelles négociations de paix lancées en grande pompe à Annapolis (Etats-Unis) fin novembre.

Les discussions butaient déjà sur la question des implantations juives. Face à l'opération la plus meurtrière de l'armée israélienne contre la bande de Gaza depuis 2000, le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, considéré comme un modéré par rapport aux radicaux du Hamas qui contrôlent Gaza depuis juin, a décidé de suspendre les tractations avec Israël et "tous les contacts à tous les niveaux car ils n'ont aucun sens au regard de l'agression israélienne", selon son porte-parole Nabil Abou Roudeina.

Le Premier ministre israélien Ehud Olmert a affirmé tout à la fois qu'il voulait continuer les négociations et que l'armée poursuivrait l'offensive baptisée "Hiver chaud". "Nul ne peut nier qu'en s'attaquant au Hamas nous renforçons les chances de la paix", a-t-il dit.

Devant la dégradation de la situation et les menaces pesant sur un processus relancé sous l'égide du président George W. Bush, la Maison Blanche a appelé dimanche à la fin des violences et à la reprise des discussions.

Tout en déplorant les victimes civiles des deux côtés, un porte-parole, Gordon Johndroe, a cependant réaffirmé le droit d'Israël à se défendre contre les tirs de roquettes, au risque d'exposer à nouveau la Maison Blanche aux reproches de prendre fait et cause pour son allié israélien.

Ainsi, alors qu'Annapolis fixait pour objectif un accord de paix avant fin 2008 et donc avant la fin de la présidence de M. Bush, la tournée de Mme Rice débute sous de très mauvais augures.

Saëb Erakat, le chef des négociateurs palestiniens, a affirmé que les négociations de paix avec Israël étaient, pour l'heure, "enterrées sous les maisons détruites de Gaza".

Des voix s'élèvent pour demander à Mme Rice de s'impliquer davantage dans les pourparlers de paix, comme celle du roi Abdallah II de Jordanie.

"Le temps presse et nous avons besoin que les Etats-Unis soient complètement impliqués, qu'ils influencent le cours des discussions, qu'ils surveillent les progrès et qu'ils aident à réduire les divergences afin de parvenir à un accord final avant fin 2008", a-t-il déclaré vendredi.

Scott Lasensky, un expert du Proche-Orient à l'USIP (United States Institute of Peace), approuve: "Nous sommes trop absents".

"Sur le terrain, nous apparaissons n'offrir aucune idée utile pour résoudre le problème de Gaza. Et aux plus hauts niveaux, en termes de diplomatie, nous ne sommes même pas dans la même pièce", explique-t-il.

Mme Rice, qui s'est toujours montrée réticente à intervenir dans les négociations au jour le jour, répond que ses prédécesseurs ont échoué au Proche-Orient et qu'elle préfère utiliser ses propres méthodes.

Mais, selon Scott Lasensky, "l'une des principales leçons des négociations passées est qu'Israéliens et Palestiniens ne peuvent pas être livrés à eux-mêmes, parce qu'il y a trop d'asymétries de pouvoir. Ca ne fonctionne tout simplement pas".

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