Affections de longue durée: les effets secondaires au centre du débat

PARIS (AFP) — Le remboursement à 100% par l'assurance maladie de tous les soins liés à une affection de longue durée (ALD), au centre d'une polémique, permet une prise en charge globale des traitements, y compris de leurs effets secondaires, soulignent des médecins.

Le directeur de l'assurance maladie Frédéric van Roekeghem a proposé mardi un plan d'économies comportant une réduction à 35% du remboursement par l'assurance maladie de certains médicaments prescrits aux malades en ALD (cancer, diabète ou VIH, parmi d'autres), les 65% restants étant "transférés" aux mutuelles ou aux assurances privées.

Ces médicaments à "vignette bleue", déjà remboursés à 35% pour les assurés ne souffrant pas d'ALD, sont prescrits "pour des troubles ne présentant pas de caractère de gravité", selon l'assurance maladie. Ils revêtent cependant, estiment des médecins interrogés par l'AFP, une importance particulière pour les malades en ALD.

Pour François Aubart, chirurgien et président du syndicat de praticiens hospitaliers CMH, "ces patients ont forcément une fragilité particulière et vont donc avoir un certain nombre d'infections opportunistes, aggravées par leur fragilité, qui ne vont pas être gravissimes, mais qui vont nécessiter des soins".

"Alors que pour tout un chacun ce sont des affections qu'on pourrait qualifier de moyennes, chez eux il y a un risque accru en lien direct avec leur maladie de longue durée. S'ils n'avaient pas la polyarthrite, le diabète ou l'hypertension artérielle, ils ne présenteraient pas ce risque", a-t-il ajouté.

Dans d'autres cas, ces médicaments sont utilisés pour répondre à un effet secondaire du traitement de l'ALD, comme, dans un cancer, "tout ce qui est effet secondaire des chimiothérapies, notamment tout ce qui est trouble digestif", note Fabien Quédeville, président du syndicat de jeunes généralistes SNJMG.

"Ces troubles, on les traite et on les soulage avec des antivomitifs qui sont remboursés à 35% ou des antidiarrhéiques qui sont aussi remboursés à 35%", ajoute-t-il.

"Il y a aussi tout ce qui est recto-colite hémorragique, des maladies extrêmement invalidantes prises en charge à 100%. Quand un patient se plaint d'une diarrhée, on est bien obligé de lui donner un antidiarrhéique. Si ça n'est plus pris en charge par l'assurance maladie, ça pose quand même un problème", selon lui, alors que près de 8% des Français n'ont pas d'assurance complémentaire.

"Est-ce que les conséquences d'un traitement pour une pathologie à 100% font partie du traitement à 100% ou pas ? Déjà pour un médecin généraliste c'est un peu compliqué", indique pour sa part Claude Leicher, du principal syndicat de généralistes libéraux, MG France.

M. Leicher fait notamment allusion aux ordonnances "bizones", comportant une partie pour les médicaments et examens en rapport avec l'ALD, remboursés à 100%, et une autre partie relative aux autres traitements, remboursés au taux habituel.

En outre, souligne M. Aubart, "les contrôles de l'assurance maladie sont extrêmement pointus. Les généralistes sont convoqués, on ouvre leurs cahiers, on regarde".

M. Leicher regrette que la prise en charge à 100% devienne "parfois assez virtuelle". Ainsi, les patients atteints de "la maladie de Crohn ne sont pas des patients en permanence avec des traitements lourds, mais ils sont sans arrêt embêtés par des troubles digestifs".

"Ils vont avoir l'impression à juste titre que pour l'essentiel des traitements il ne sont pas à 100%". Mais, lors des crises aiguës, tous les trois ou quatre ans, "le médicament sera effectivement à 100%", a-t-il dit.