Grenelle de l'environnement : réduire la vitesse, pénaliser les voitures polluantes

PARIS (AFP) — Le premier groupe de travail du Grenelle de l'environnement a recommandé jeudi de réduire de 10 km/h la vitesse des voitures sur le réseau routier hors agglomération et de pénaliser les voitures les plus polluantes, à travers un "bonus-malus" annuel.

La vitesse passerait à 120 km/h sur autoroute, 100 km/h sur voie express et 80 km/h sur nationales et départementales, selon les propositions du groupe de travail "climat", dont l'AFP a obtenu une copie.

En présentant succinctement ces mesures devant la presse, le président du groupe "climat", Jean Jouzel, a souligné qu'elles avaient toutes été approuvées à l'unanimité ou au moins à la majorité des participants.

Le seul "constat de désaccord" du groupe -- qui réunissait patronat, syndicats, associations écologistes etc -- a porté sur l'avenir du parc nucléaire, a ajouté M. Jouzel.

Une "éco-pastille" pénaliserait chaque année les voitures neuves émettant plus de 140 grammes de CO2 au km, soit environ la moitié des ventes de véhicules neufs en France, selon le rapport dont l'AFP a obtenu une copie. La taxe concernerait les grosses berlines, monospace et 4X4.

Les voitures les plus propres, étiquetées A et B (moins de 120 g/km) auraient un "bonus". Les voitures étiquetées C (121 à 140 g/km) seraient "neutres" (ni bonus, ni malus).

Quarante-sept pour cent des voitures neuves vendues l'an dernier en France émettent moins de 140 grammes de CO2 au kilomètre, selon l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie.

La réduction de vitesse et l'éco-pastille visent à encourager les comportements moins émetteurs de CO2, principal gaz à effet de serre responsable du changement climatique.

Les transports représentent un quart des émissions françaises de gaz à effet de serre, et affichent la plus forte croissance de tous les secteurs. La limitation de vitesse sur autoroute et le bonus malus (proposé dès 2004 par l'ancien ministre de l'environnement Serge Lepeltier) avaient été envisagés par le gouvernement il y a quelques années, avant d'être abandonnés sous la pression des lobbys.

Les constructeurs automobiles français, champions des petits véhicules et du diesel, seraient relativement épargnés: ils obtenaient l'an dernier les meilleurs résultats en termes d'émissions de véhicules neufs, PSA en tête avec une moyenne de 140 gCO2/km (- 5 gr en un an), suivi par Renault.

Le groupe de travail du Grenelle de l'environnement sur le climat propose également de mettre l'accent sur les économies d'énergie dans le bâtiment, a indiqué M. Jouzel. Ainsi, tous les bâtiments neufs devraient être à basse consommation à partir de 2015, "passifs" (autosuffisants en énergie) à partir de 2020 puis "positifs au-delà" (capables de produire plus d'énergie qu'ils n'en consomment).

Les propositions faites jeudi par les présidents des 6 groupes de travail vont être soumises à un vaste débat public sur internet et dans les régions, avant la table-ronde du "Grenelle" proprement dit, fin octobre, et l'arbitrage final du président de la République.