Le Caire, une capitale qui ignore le silence
LE CAIRE (AFP) — A une pollution de l'air record s'ajoute au Caire une cacophonie permanente qui en fait une des capitales du monde les plus insupportablement bruyantes, selon des études scientifiques.
Klaxons, musique à tue-tête, appels à la prière lancés des hauts-parleurs, et circulation incessante, tous ces bruits tournent à la cacophonie dans une mégapole surpeuplée de 17 millions d'habitants.
Périodiquement, les autorités effectuent des études sur le niveau de la pollution sonore qui montrent une dégradation inexorable, aucun plan officiel n'étant annoncé pour réduire le vacarme urbain.
Vivre dans le centre, où les niveaux de bruits sont en moyenne de 90 décibels --le bruit est mesuré en décibel (db)--, et jamais au dessous de 70 db, équivaut à passer tout la journée dans une usine, selon une étude du centre national de la recherche (NRC). "Ce qui est frappant au Caire est que le niveau tolérable de nuisance sonore fixé par l'agence nationale de l'environnement (EPA) est partout et tout le temps dépassé", affirme un expert du NRC, Moustapha Ali Chafiye.
Dès les premières heures du jour, le niveau montait, selon les relevés de 2007, "à 90 db en centre-ville, alors que la fourchette maximale acceptable de l'EPA est de 35-55 db", explique-t-il à l'AFP. En dépit d'une interdiction, purement formelle, klaxonner est devenu un réflexe et une habitude culturelle pour les conducteurs de quelque 1,6 million de voitures, dont une armée de 80.000 taxis déglingués.
"Le bruit au Caire est exceptionnel, il ne peut être comparé aux autres villes du monde arabe, faisant peser de graves menaces pour la santé", affirme à l'AFP Mohamed el-Chazli, professeur à l'Université du Caire.
En décembre dernier, le magazine réputé New Scientist a souligné que le "bruit tue de la même manière que le stress auquel il contribue", et modifie "la biochimie humaine en élevant la pression sanguine, renforçant le risque d'attaques cardiaques".
Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), qui place la pollution sonore après celles de l'atmosphère et de l'eau, être exposé pendant plus de 8 heures par jour à un niveau supérieur à 85 db est potentiellement dangereux.
Au Caire, des études montraient déjà au début des années 2000 que dans le centre-ville, la moyenne était de 87 db, ou de 80 dans d'autres banlieues industrielles, comme Hélouan.
Nagat Amer, un autre expert sur la santé du NRC, estime que la grande majorité des ouvriers du Caire souffrent de problèmes d'audition, étant sans cesse exposés à des niveaux sonores dépassant 90 db. "Les klaxons, les cris, les voitures pétaradantes dans la rue occasionnent de l'hypertension, des pertes d'audition et une irritabilité générale", dit-il, estimant que les femmes enceintes sont gravement exposées.
"Le Caire, comme d'autres métropoles du Proche-Orient, sont parmi les plus bruyantes du monde, souffrant d'une pollution invisible", a aussi noté Hosny El-Lakany, de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation (FAO).
Avec l'expansion continuelle, et non maîtrisée du Caire, des dizaines de milliers d'habitants, parmi les favorisés, quittent la capitale pour de nouveaux quartiers moins pollués qui émergent dans le désert.
"J'ai fui le stress du klaxon, des encombrements permanents et de la masse des gens qui hurlent sans cesse dans la rue", affirme Dina Kozman, qui s'est établie depuis trois ans dans un quartier résidentiel, à 20 km du centre.

