MARSEILLE (AFP) — Les inégalités sociales en matière de santé et de mortalité s'accroissent en France, selon des experts réunis cette semaine à Marseille pour un congrès des observatoires régionaux de la santé (ORS).
"De nombreux indicateurs montrent l'aggravation des inégalités sociales en matière de mortalité", a expliqué à l'AFP la sociologue Isabelle Feroni de l'université de Nice Sophia Antipolis et membre de l'ORS en Provence-Alpes-Côte d'Azur (Paca).
Selon une étude présentée au congrès, à 35 ans, l'espérance de vie d'un homme cadre est plus longue de six ans que celle d'un ouvrier.
Il y a également "une inégalité d'espérance de vie de qualité. Par exemple, les ouvriers ont beaucoup plus de risques d'avoir une fin de vie avec des incapacités, des dépendances", a expliqué Mme Feroni qui a organisé ce congrès intitulé "Les inégalités de santé: nouveaux savoirs, nouveaux enjeux politiques".
Les ORS ont également constaté un accroissement des inégalités dans la mortalité par cancer ainsi que l'accroissement des inégalités territoriales.
Une étude révèle que les habitantes des Zones urbaines sensibles (Zus) ont "un risque deux fois plus élevé de ne pas être suivies gynécologiquement que celles habitant des quartiers +moyens+ ou +supérieurs+".
"A l'intérieur d'un même département il peut y avoir des secteurs où la population est en bonne santé et d'autres à quelques kilomètres où la santé est très dégradée", a poursuivi Mme Feroni.
Plusieurs experts ont relevé que les inégalités de santé se produisent en amont de l'entrée dans le système de santé. "C'est au niveau des soins primaires, c'est-à-dire du médecin traitant, que les inégalités sociales se font jour", a souligné Victor G. Rodwin de la Wagner School de New York, qui a comparé les inégalités de santé à Paris, Londres et New York.
A l'arrivée à l'hôpital, "les situations de santé des populations les plus pauvres sont plus dégradées, donc le système de santé intervient (..) souvent trop tard", ajoute Mme Feroni.
Estimant qu'en France, "la qualité de notre système de santé est un élément de fierté nationale", Mme Feroni a regretté le "peu d'intérêt public (...) pour les déterminants sociaux de la santé (conditions de logement, d'activité professionnelle, qualité de l'environnement...)".
Selon elle, la santé est très dépendante des conditions et du parcours de vie et "les situations liées au divorce, aux séparations ou au deuil, mais aussi au chômage" sont "des éléments de fragilisation de la santé".
"Avec la montée de la précarisation, des populations modestes sont beaucoup plus souvent" exposées à ces éléments et les plus pauvres ont moins de capacité à y faire face.
"Plus la condition socio-économique est basse, moins la santé est bonne", a résumé Michel Vauzelle, président socialiste de la région Paca et président de l'ORS Paca. "Notre pays n'a pas réussi à réduire les inégalités de santé et la France demeure le pays d'Europe de l'Ouest dans lequel les inégalités sont les plus marquées", a-t-il ajouté.
"Quand l'Etat fragilise l'accès à la santé en instituant des franchises médicales (...), en fermant les services hospitaliers de proximité, il aggrave les inégalités de santé, mais il le fait également quand il précarise le marché du travail", a-t-il martelé.
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