YAOUNDÉ (AFP) — L'opposition camerounaise ne décolérait pas vendredi au lendemain du "coup d'Etat constitutionnel" que constitue à ses yeux la réforme controversée de la Loi fondamentale permettant au président Paul Biya, 75 ans et au pouvoir depuis 1982, de briguer un nouveau mandat en 2011.
"Biya est en passe de devenir le plus grand dictateur que le Cameroun ait jamais connu", a déclaré à l'AFP John Fru Ndi, président du principal parti d'opposition, le Social Democratic Front (SDF).
"Avec cette révision, il vient de s'arroger plus de pouvoir qu'il n'en avait déjà au détriment des Camerounais", poursuit l'opposant.
Dominée à une écrasante majorité par le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) de Paul Biya, l'Assemblée nationale a adopté jeudi sans difficulté la révision constitutionnelle qui abroge la limitation du nombre de mandats présidentiels. Les 15 députés du SDF n'ont pas pris part au scrutin, et seuls cinq élus ont voté contre.
Pour autant, la rue est restée calme vendredi, alors que de violentes manifestations contre la cherté de la vie, mais aussi contre ce qui n'était alors qu'un projet de réforme constitutionnelle, avaient fait au moins 40 morts fin février.
Et le SDF, comme sonné par l'échec de ce mouvement de contestation, n'a pas encore décidé s'il appellerait à manifester.
"Le bureau national du SDF va se réunir dans deux semaines pour définir une stratégie pour la suite", s'est borné à annoncer le "chairman" du parti.
Quant à son vice-président Joshua Osih, dénonçant un "coup d'Etat constitutionnel", il a vaguement promis un "front commun" sans toutefois en esquisser les contours.
La plupart des opposants se sont surtout emportés contre les conditions du vote, discrètement anticipé de 24 heures par rapport au calendrier annoncé.
"Nous espérions pouvoir montrer en quoi certaines des dispositions prévues par ce texte sont dangereuses, mais nous n'avons rien pu dire", déplore Jean Jacques Ekindi, président et unique député du Mouvement progressiste (MP). "Je n'ai même pas pu lire un seul des cinq amendements que j'avais préparés".
Les journaux privés, bien que très critiques, avaient déjà entériné l'adoption inéluctable de la réforme, et la moitié d'entre eux ont même renoncé vendredi à faire leur "une" sur ce sujet.
L'article le plus contesté de la Constitution amendée, le 6 alinéa 2, stipule désormais que le président de la République, élu pour sept ans, est "rééligible", alors que les septennats étaient limités à deux depuis une précédente révision adoptée en 1996.
Selon le ministre des Relations avec le Parlement Grégoire Owona, "ce texte vient réparer l'injustice qui voulait que le peuple ne puisse plus, à volonté, se donner le chef de son libre choix".
La révision octroie également au chef de l'Etat une "immunité" à l'issue de son mandat. Il modifie enfin les dispositions en cas de "vacance" à la présidence, prolongeant le délai pour l'organisation d'une nouvelle élection, et autorisant, sous conditions, le chef de l'Etat par intérim à "modifier la composition du gouvernement".
Malgré l'apathie avec laquelle la révision constitutionnelle a été accueillie, certains, dans l'opposition, prévoient des mois à venir "très chauds".
"Le peuple n'est pas prêt à accepter un nouveau mandat de Biya et ne restera pas les bras croisés", pronostique le député Jean Michel Nintcheu, qui estime qu'en dépit des "mesurettes" en faveur du pouvoir d'achat annoncées après les émeutes de février, "les problèmes des Camerounais n'ont pas changé".
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