Crise alimentaire: la BAD appelle à la libéralisation des échanges agricoles

MAPUTO (AFP) — La Banque africaine de développement (BAD) a terminé jeudi ses travaux annuels à Maputo sur un appel à la libéralisation des échanges mondiaux de produits agricoles et une modernisation de l'agriculture en Afrique.

La réunion s'est déroulée sur fond de crise alimentaire et de crise de l'énergie, l'Afrique étant frappée de plein fouet par la hausse des prix des denrées de première nécessité et par la flambée des cours du pétrole.

Dans son discours de clôture, le président de la BAD Donald Kaberuka a souligné que la banque allait "soutenir des réponses de court, moyen et long terme" pour faire face à cette double crise, "avec trois plans d'action".

Sur le court terme, la BAD va allouer des aides budgétaires directes pour aider les Etats à subventionner les carburants et l'agriculture, afin d'éviter un impact direct sur les ménages et les unités de production.

Mais M. Kaberuka a insisté sur la nécessité de réformer et moderniser l'agriculture africaine sur le long terme, afin que les paysans bénéficient directement de la hausse des cours et que la pauvreté diminue.

"Le temps est venu pour que l'agriculture africaine devienne un business. Les femmes sont majoritaires parmi les paysans africains, donc la misère rurale a le visage d'une femme. Il nous faut donc aussi inclure la dimension du genre dans nos politiques", a affirmé M. Kaberuka.

L'autre volet de la modernisation passe, selon lui, par "le renforcement des capacités des ministères de l'Agriculture dans tous les pays africains. Une fois qu'ils ont les moyens, ils savent quoi faire. Nous allons nous y employer et les aider à coordonner et mener à bien les initiatives", a-t-il dit.

Enfin, M. Kaberuka a appelé les marchés à s'ouvrir: "si les marchés sont ouverts, c'est le début d'une solution, il n'y a pas de sécurité alimentaire sans ouverture des marchés".

"Les Etats membres régionaux critiquent les subventions des pays du nord à leurs agricultures et exportations, et demandent l'ouverture des marchés aux pays en développement", a précisé à l'AFP Magatte Wade, directeur de la communication de la BAD. A l'issue de la réunion, "un appel à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) pour mieux réguler et libéraliser les marchés" a été lancé.

La Banque va aussi renforcer ses projets multinationaux interafricains, notamment dans les secteurs des infrastructures et de la production d'énergie durable: seulement 4% du potentiel hydroélectrique africain est actuellement exploité et la BAD compte encourager les investissements en ce sens.

La réunion annuelle s'était ouverte mercredi avec l'annonce de la création d'un fonds de subvention des fertilisants de 15 millions de dollars pour stimuler la production agricole en Afrique et aider les paysans africains à bénéficier de la hausse des cours.

"Nous allons également travailler sur la réduction des pertes agricoles après moisson parce qu'un rapport a montré qu'en Afrique elles se chiffrent à 40% de la récolte. Si on récupère seulement 5% de ces pertes, on peut augmenter la production de céréales de quelques 15.000 tonnes", a expliqué M. Wade.

Pendant la réunion annuelle, M. Kaberuka a aussi présenté les résultats de l'institution, affirmant qu'en "dépit des turbulences dans le monde financier, ses finances restent très bonnes (...) Les revenus nets de la banque ont augmenté de 66% et nos engagements opérationnels de 20%".

La BAD a également annoncé mercredi l'admission de la Turquie parmi les membres non africains de la banque.

Depuis la réunion de la BAD à Shangaï en 2007, la Chine maintient des relations étroites avec l'Afrique, comme en témoigne la signature jeudi d'un accord de partenariat de la BAD avec la Banque d'import-export de Chine (Cexim).

La Banque maintiendra en outre son établissement provisoire à Tunis jusqu'à ce que des élections aient eu lieu en Côte d'Ivoire, siège statutaire que l'institution avait quitté en 2003 en raison de la guerre civile.

La question du possible retour à Abidjan sera notamment discutée au cours de la prochaine réunion annuelle de la BAD, qui se tiendra en mai 2009 à Dakar, ont indiqué les organisateurs.

La BAD, principale institution financière internationale du continent, compte 78 pays membres, dont 53 pays africains.