PEKIN (AFP) — La relation entre Washington et Pékin, après le triomphe de Barack Obama, devrait être relativement sereine au moment où Washington aura un besoin accru d'une coopération, notamment sur le front économique, avec une Chine de plus en plus puissante, estiment des experts.
Le futur président américain, élu mardi, a pu critiquer lors de sa campagne les pratiques commerciales chinoises, jamais il ne l'a fait en termes durs.
Ses discours n'ont pas non plus comporté d'attaques particulièrement virulentes contre la Chine, contrairement à trois de ses quatre prédécesseurs depuis les années 80: George W. Bush, Bill Clinton et Ronald Reagan -- George Bush père ayant fait exception.
Avec l'émergence de la Chine, note l'Indien Bahukutumbi Raman, du Chennai Centre for China Studies, "on ne peut plus se permettre d'être contre elle".
Et avec une montagne de problèmes graves à affronter dès sa prise de fonction -- crise financière et guerres en Irak et en Afghanistan -- il est certain que l'ampleur du déficit commercial des Etats-Unis avec la Chine ou la modernisation de l'Armée populaire de libération ne seront pas prioritaires pour M. Obama. "Cela devrait être une transition en douceur. Obama n'est pas un président qui a fait campagne contre la Chine", confirme David Zweig, expert en relations extérieures chinoises à la Hong Kong University of Science and Technology. "Ce pourrait même être la transition la plus douce depuis 1980", estime-t-il.
Barack Obama va surtout avoir besoin dès son arrivée à la Maison Blanche de la Chine pour contribuer à une solution à la crise financière internationale, relèvent les analystes. "Avec la crise économique arrivée aux Etats-Unis, l'aide de la Chine sera demandée", prédit M. Raman, basé à Madras.
La direction communiste chinoise semble préférer les administrations républicaines, en raison des liens supposés plus étroits entre syndicats américains et Démocrates qui rendent ces derniers plus sensibles à l'impact sur le marché de l'emploi aux Etats-Unis des pratiques commerciales chinoises. L'administration Bush, bien que le président George W. Bush ait fâché Pékin en rencontrant le Dalaï Lama l'année dernière, a généralement été amicale avec la Chine.
Les critiques américaines de la politique chinoise en matière de taux de change --qui donne un avantage concurrentiel à la Chine en dépit de ses dénégations-- ont été rituelles, mais peu acerbes.
Et George W. Bush, avec d'autres dirigeants occidentaux, a assisté à la cérémonie d'ouverture des jeux Olympiques à Pékin le 8 août, cinq mois après la répression des manifestations au Tibet.
L'énorme déficit commercial américain avec la Chine restera une question épineuse pour Barack Obama (25,3 milliards de dollars en août), mais qui pourrait perdre en acuité avec la baisse déjà constatée des exportations chinoises en raison de la crise financière internationale, explique M. Raman.
Les violations des droits de l'Homme resteront évidemment une source de frictions, mais Obama ne devrait pas en faire un casus belli, selon Jérôme Cohen, expert au US Council on Foreign Relations, à Washington.
"Je m'attends à voir Obama se rapprocher de la Chine plus tôt que la plupart des autres présidents", déclare M. Cohen, ajoutant que le président pourrait même se rendre en visite à Pékin dès le début de son mandat. Enfin, certains prévoient une meilleure coopération sino-américaine dans le domaine de l'environnement.
Obama, qui a appelé à des réductions des émissions de gaz à effet de serre américaines, pourrait obtenir un soutien de la Chine, qui demande des efforts aux pays industrialisés, estime Zhu Feng, vice-directeur du Center for International and Strategic Studies à l'Université de Pékin.
"Il s'agit des deux pays plus gros émetteurs de gaz à effet de serre", dit M. Zhu, "cela pourrait ouvrir la voie à un nouveau champ de coopération", avec éventuellement des transferts de technologie.
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