Grand marchandage pour les postes de l'Union européenne de 2009

PARIS (AFP) — Les noms des favoris émergent pour les postes européens de premier plan à pourvoir en 2009, avec Jean-Claude Juncker pour la présidence de l'UE et José Manuel Barroso pour un nouveau mandat à la tête de la Commission européenne.

"Ces deux là sont très largement favoris" en l'état des discussions au sein de l'Union européenne, a indiqué lundi une source proche de la présidence française.

"La seule surprise éventuelle pourrait venir d'un +swap+ (échange) entre les deux" qui verrait le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker accéder à la présidence de l'exécutif européen, à l'automne 2009, et le Portugais José Manuel Barroso à l'inverse prendre la présidence du Conseil européen, a-t-elle ajouté.

Le nouveau traité européen prévoit la création en janvier 2009 d'un poste stable sur deux ans et demi (renouvelable) de président du Conseil de l'UE, censé permettre aux 27 de parler d'une seule voix et donner davantage de visibilité à l'Europe dans le monde.

Le choix du titulaire ne sera fait par les chefs d'Etat qu'à la fin de cette année, sous présidence française de l'Union européenne.

Mais en coulisses, les tractations ont déjà commencé. "Juncker et Barroso sont pour l'instant les noms plus crédibles sur la table", a souligné la source proche de l'Elysée même si, admet-elle, Londres ne veut pas pour l'instant entendre parler du Luxembourgeois, jugé trop fédéraliste européen.

D'autres noms circulent. Notamment celui du Premier ministre danois Anders Fogh Rasmussen -qui cependant préfèrerait désormais se réserver pour le poste de secrétaire général de l'Otan, selon Paris-, celui de l'ex-chancelier autrichien Wolfgang Schüssel ou celui de l'ex-Premier ministre britannique Tony Blair, avancé l'an dernier par le chef de l'Etat français Nicolas Sarkozy.

L'hypothèse de voir l'Europe représentée par une personnalité venant d'un pays très eurosceptique, refusant l'euro et l'espace Schengen, ne suscite guère l'enthousiasme.

A l'Elysée, on reconnaît que "les socialistes européens n'en veulent pas". Pour autant, on se refuse à exclure totalement cette possibilité. "Il ne faut pas ostraciser les Anglais. Ce serait une grave erreur de croire que parce que la Grande-Bretagne est eurosceptique il faut lui refuser des postes", souligne la source française.

Les négociations sont compliquées par le fait qu'il faudra aussi renouveler le poste de président de la Commission européenne, dont le mandat expire à l'automne 2009, et nommer un nouveau Haut représentant pour la politique étrangère de l'UE, dont les compétences vont être renforcées par le traité, à condition que ce dernier soit ratifié par les 27. Ce qui n'est pas garanti puisqu'en Irlande, cela passera par un référendum en juin, à l'issue très incertaine au vu des derniers sondages.

La fonction de diplomate européen en chef est occupée actuellement par le socialiste espagnol Javier Solana. Ce dernier poste "sera la variable d'ajustement" dans les négociations à venir, a précisé la source.

Les choses peuvent évoluer d'ici la fin de l'année, mais si MM. Juncker et Barroso, deux conservateurs, devaient être choisis, "on ne pourra pas oublier un socialiste pour le poste de Haut représentant" afin de tenir compte des équilibres politiques européens, selon la même source.

A l'Elysée, on assure que la France ne brigue aucun des grands postes à venir. En revanche, on n'exclut pas un retour de Michel Barnier à la Commission européenne (où il avait déjà été chargé de la politique régionale) mais cette fois avec "un gros portefeuille" comme le marché intérieur. Avec l'espoir, pour la France, d'avoir une politique à Bruxelles moins libérale que celle menée par l'actuel titulaire, l'irlandais Charlie McCreevy.