Commission Libye: Cécila Sarkozy pas auditionnée

PARIS (AFP) — Le conseiller diplomatique de l'Elysée, Jean-David Levitte, a plaidé pour la "rédemption" de la Libye, jeudi, devant la commission d'enquête parlementaire sur la libération des soignants bulgares de Libye, qui a par ailleurs décidé de ne pas auditionner Cécilia Sarkozy.

"Le mot rédemption, je l'ai choisi à dessein" car "c'est fondamental dans notre politique étrangère", qui doit "offrir la possibilité de revenir dans la communauté internationale" aux "chefs d'Etats qui ont commis un certain nombre d'actes que la loi internationale condamne", a expliqué M. Levitte.

Le diplomate répondait à une question d'un député sur l'opportunité pour le président Nicolas Sarkozy de recevoir en décembre le colonel Kadhafi au vu de la "cruauté insupportable des traitements infligés" aux infirmières bulgares.

M. Levitte a ainsi affirmé que "la visite à Paris" du chef de l'Etat libyen "ne faisait pas du tout partie de la négociation", contrairement à ce qu'avait estimé l'ancien ministre des Affaires étrangères Philippe Douste-Blazy dans une précédente audition.

Il a aussi nié que la signature d'accords économiques et de défense avec la Libye à l'occasion de la visite de M. Sarkozy au lendemain de la libération aient été liés à cette libération. "A chaque visite d'Etat, ce type d'accords sont signés", a-t-il lancé.

Quant au nucléaire civil, il a déclaré que le chef de l'Etat, "chaque fois qu'il se rend dans un pays arabe, propose une coopération nucléaire".

"La France n'a pas versé un euro", a-t-il également affirmé, assurant en outre que le fils du colonel Kadhafi, Seif Al-Islam, "n'a joué aucun rôle" dans la négociation.

Pour lui, la libération n'avait "rien d'un coup" mais "était un développement majeur de la politique étrangère" française.

Il a insisté sur "le rôle tout à fait décisif de Cécilia Sarkozy" dans cette libération car elle a permis au président Sarkozy d'établir "une relation personnelle" avec le colonel Kadhafi, relation "incontournable" pour traiter "ce dossier difficile".

Pourtant, la commission parlementaire a décidé jeudi de ne pas auditionner l'ex-première dame, les députés UMP, majoritaires, rejetant une demande d'audition de Mme Sarkozy formulée par le président PS de la commission, Pierre Moscovici.

M. Levitte a égratigné au passage l'ancien président Jacques Chirac qui s'est rendu en Libye en 2004 mettant en avant le fait que Nicolas Sarkozy avait toujours dit qu'il n'irait pas à Tripoli tant que les infirmières ne seraient pas libres.

Convenant qu'il y avait eu "un long travail de préparation accompli par les Européens" et "qu'on était au bout du parcours" il a estimé que "ce qui a fait la différence", c'est que "nous avons eu la capacité à établir une relation de confiance" avec Kadhafi.

Le dossier de la libération était "le dossier du président de la République", a pour sa part confirmé le chef de la diplomatie, Bernard Kouchner, entendu après M. Levitte, tout en démentant en avoir été écarté.

Il a par ailleurs assuré que la "normalisation" avec Tripoli, "choix de la communauté internationale", ne signifiait pas "l'oubli". "Nous n'oublions pas le passé terroriste de la Libye", a ajouté M. Kouchner.

L'audition du ministre de la Défense, Hervé Morin, qui devait avoir lieu jeudi a été annulée.

Les cinq infirmières bulgares et le médecin palestinien naturalisé bulgare, incarcérés depuis 1999 en Libye et condamnés à mort sous l'accusation d'avoir inoculé le virus du sida à des enfants libyens, ont été libérés le 24 juillet.