Afrique du Sud: conditions préoccupantes pour les déplacés suite aux violences

JOHANNESBURG (AFP) — Les conditions sanitaires étaient de plus en plus préoccupantes lundi en Afrique du Sud pour plus de 30.000 déplacés regroupés dans des camps de fortune après des violences xénophobes, qui ont poussé des dizaines de milliers d'autres immigrés à fuir le pays.

Les attaques, d'abord concentrées dans les bidonvilles de Johannesburg avant de se propager à sept des neuf provinces du pays, ont fait au moins 56 morts, selon un nouveau bilan annoncé par le ministre de la Sûreté, Charles Nqakula.

Les tensions semblaient toutefois marquer le pas. "La situation est désormais sous contrôle", a assuré lundi le ministre.

Les quartiers pauvres de Johannesburg sont restés calmes avec seulement quelques masures vides incendiées. A Durban (est), cinq Mozambicains ont cependant été grièvement blessés dans la nuit de dimanche à lundi.

Cet apaisement "ne signifie pas qu'il ne puisse y avoir quelques éruptions spontanées de violence ou de criminalité", a averti pour sa part le ministre du Renseignement, Ronnie Kasrils. "Mais nous sommes déployés partout. S'il y a une éruption, les forces de l'ordre réagiront immédiatement."

Sans attendre, plus de 30.000 immigrés ont déjà déserté les townships pour se réfugier dans des camps de fortune sur des terrains vagues près de commissariats ou dans des centres sociaux, où les conditions sanitaires se dégradent en ce début d'hiver austral.

"Si ça dure trop longtemps, la situation va devenir très difficile. Il se met à pleuvoir, il fait très, très froid", a déclaré Françoise Le Goff, directrice de la Fédération internationale de la Croix-Rouge pour l'Afrique australe.

"La situation est appelée à s'aggraver. Des gens ne dorment même pas sous tente", a renchéri Muriel Cornelius, directrice des programmes de Médecins sans Frontières (MSF) en Afrique du Sud, accusant le gouvernement de ne pas faire assez.

"La mobilisation de la société civile est incroyable, mais cela ne suffit pas. Cela relève de la responsabilité du gouvernement", a-t-elle lancé.

Le président Mbeki, très critiqué pour son absence du devant de la scène depuis le début des violences le 11 mai, et qui partait en outre lundi au Japon, s'est adressé pour la première fois à la nation dimanche soir, condamnant les "actes honteux" qui ont "terni le nom du pays".

"C'était un très bon discours, mais il intervient trop tard", a estimé lundi un analyste de l'Institut sud-africain pour les relations entre les races, Sipho Seepe. "Le défi, ce n'est pas de condamner, mais de prendre des mesures immédiates quand il y a du grabuge dans le pays", a-t-il déclaré.

Nombre de Sud-Africains reprochent aux étrangers de prendre des emplois et de contribuer à la criminalité dans la première puissance économique du continent, où le chômage et la misère touchent toutefois quelque 40% de la population.

Dans ce contexte, des dizaines de milliers d'étrangers ont préféré partir.

Quelque 26.000 Mozambicains sont ainsi retournés chez eux, selon l'Institut national de gestion des catastrophes à Maputo. Pour les aider le gouvernement a affrété 19 cars et ouvert trois centres de transit.

Le Malawi se prépare de son côté à évacuer 3.000 ressortissants, qui se sont inscrits pour être rapatriés.

Quant aux Zimbabwéens, dont le pays est enlisé dans un marasme économique conjugué à un climat de violences politiques, certains semblent avoir décidé de s'établir dans les autres pays de la région.

"Au moins 5.500 Zimbabwéens ont bénéficié d'une assistance au Mozambique", a déclaré Françoise Le Goff. "En Zambie, un plan de contingence, établi avec le gouvernement, porte sur l'arrivée éventuelle de 25.000 Zimbabwéens, soit 5.000 familles", a-t-elle ajouté.

Environ 750 réfugiés, surtout de la région des Grands Lacs, se sont rassemblés lundi devant le siège des Nations unies à Pretoria et ont été mis en sécurité dans un refuge de la banlieue de la capitale.