Crise alimentaire: la FAO sur la sellette

ROME (AFP) — A un mois d'une importante réunion internationale à Rome sur la crise alimentaire mondiale, la FAO, l'organisation de l'ONU pour l'alimentation et l'agriculture, se retrouve sur la sellette après de nouvelles critiques sur son manque d'efficacité supposé.

Le président sénégalais Abdoulaye Wade a lancé dimanche soir une attaque virulente contre l'organisation dont le siège est à Rome, estimant qu'elle devait être "supprimée", une déclaration que la FAO a refusé de commenter.

"La situation actuelle est largement son échec et les cris d'orfraie n'y feront rien. Cette institution aux activités dupliquées par d'autres, apparemment plus efficaces (...), est un gouffre d'argent largement dépensé en fonctionnement pour très peu d'opérations efficaces sur le terrain", a accusé M. Wade.

Des experts européens et africains ont joint leur voix à ces critiques.

"La FAO est devenue un lourd appareil qui a trop élargi ses prérogatives. Elle doit se concentrer sur son rôle central qui est la garantie alimentaire, sinon elle pourrait devenir superflue", a déclaré à l'AFP un expert de l'ONG allemande Welthungerhilfe (Aide mondiale contre la faim), Rafael Schneider.

"Je suis aussi très sceptique et de plus en plus critique de l'action d'institutions telles que la FAO. Elles ne sont absolument pas efficaces sur le terrain", a pour sa part estimé le Camerounais Bernard Njonga, président de l'ONG Association citoyenne de défense des intérêts collectifs (Acdic).

L'agence spécialisée de l'ONU a cependant trouvé aussi des défenseurs.

Le secrétaire général du ministère de l'Agriculture de la République démocratique du Congo (RDC), Ali Ramazani, a qualifié d'"aberration" les propos de M. Wade.

"C'est la première fois qu'un Etat souverain demande la suppression d'un important organisme international comme la FAO. C'est une aberration et une fuite en avant", a déclaré M. Ramazani, jugeant que "les pays africains doivent chercher les causes de la crise alimentaire dans leur politique agricole".

Un responsable de l'Association des fermiers du Nigeria, Sabo Nanono, a jugé les propos du président Wade "déplacés", rappelant que la FAO avait "un rôle de conseil, d'assistance technique et de financement de projets" mais que la responsabilité dans ce domaine relevait "des gouvernements".

"Dans une période de troubles dans plusieurs pays à la suite de la crise alimentaire, il est facile pour les gouvernements de désigner la FAO comme bouc émissaire", a déclaré n expert de la FAO sous couvert de l'anonymat.

L'organisation "est très perfectible, mais comme l'a souligné le rapport sur sa gouvernance, elle est indispensable et si elle n'existait pas il faudrait l'inventer", a-t-il ajouté.

Un comité indépendant a préconisé en octobre 2007 une réforme du mode de gouvernance de la FAO, "trop centralisé, hiérarchisé et peu efficace", tout en affirmant que "le monde a besoin de la FAO".

"Le secteur agricole a été délaissé ces 15 dernières années. Seule la FAO disait que c'était important mais n'arrivait pas à se faire entendre", a rappelé l'expert.

"Aussi laide, sale, méchante et coûteuse soit-elle, la FAO est la seule agence à avoir le savoir-faire global" dans la lutte contre la faim, a estimé Renato Brunetta, un des conseillers économiques de Silvio Berlusconi, futur chef du gouvernement italien, dans le Corriere della Sera de lundi.

La controverse sur le rôle de la FAO est intervenue un mois avant une réunion à haut niveau sur la "sécurité alimentaire mondiale à la lumière du changement climatique et des bioénergies", qui doit avoir lieu du 3 au 5 juin à Rome et à laquelle doivent participer de nombreux chefs d'Etat et de gouvernement.

Le budget de fonctionnement pour 2008-2009 de la FAO s'élève à 867,6 millions de dollars.