Viol d'un Franco-Suisse: le ministère public requiert la peine maximale
DUBAI (AFP) — Le ministère public a requis dimanche la "peine maximale", pouvant aller jusqu'à la mort, pour deux Emiratis accusés du viol d'un jeune Franco-Suisse de 15 ans en juillet à Dubaï, les traitant de "loups humains" devant une assistance nombreuse où figurait la mère de la victime.
Selon le code pénal émirati, la peine maximale peut aller jusqu'à la condamnation à mort, une peine à laquelle la mère de l'adolescent s'est dite opposée.
Un troisième accusé, un mineur émirati, est jugé séparément par un tribunal pour mineurs.
"Je demande l'application de la peine maximale" aux deux accusés, dont l'un est séropositif, a déclaré le représentant du parquet dans un long réquisitoire accablant.
"Ces dépravés sexuels, dont l'un se savait atteint de sida, ont commis un crime abominable: ils sont coupables d'enlèvement et de viol commis sous la menace d'un couteau et d'un baton dans un endroit isolé du désert. Ils se sont transformés en loups humains carnassiers", a-t-il lancé après avoir exposé les faits avec des détails très crus.
Les faits remontent au 14 juillet. L'adolescent franco-suisse et un compatriote du même âge sortaient d'une salle de jeux d'un centre commercial huppé de Dubaï quand un jeune Emirati qu'ils connaissaient leur a proposé de les raccompagner en voiture avec deux autres Emiratis âgés de 18 et 36 ans.
Mais le véhicule a changé de direction et pris la route du désert où l'adolescent a été violé sous la menace d'un couteau et d'une canne de billard.
Dans sa plaidoirie, un avocat des deux adolescents, Obeid al-Nagr, un Soudanais, a évoqué "les préjudices physiques et moraux" causés à l'adolescent par ses agresseurs "dont l'un savait d'avance qu'il condamnait sa victime à mort" car séropositif.
"Je demande 15 millions de dirhams (environ 4 millions de dollars) de dommages et intérêts pour chacune des deux victimes", a-t-il conclu.
"Il y aura certainement une compensation, mais c'est au tribunal de décider du montant", a-t-il confié plus tard à l'AFP.
Son confrère, l'Emirati Hussain Al-Jaziri, a énuméré toutes les circonstances aggravantes: "enlèvement, séquestration, menace de mort, viol sous la menace d'une arme blanche" de cette "condamnation à mort, puisque l'un des deux criminels se savait atteint du sida et d'hépatite virale depuis sept ans".
Me Jaziri a ensuite remis au juge, Fahmi Mounir Fahmi, un Egyptien, de "nouveaux documents" relatifs à l'affaire.
"Il s'agit des rapports du médecin et du psychologue français", a-t-il dit à l'AFP.
A la demande de Me Jaziri, la mère de l'adolescent, Véronique Robert, une journaliste indépendante d'origine suisse, a été autorisée à s'exprimer devant le tribunal.
"Mon rôle de mère a été d'aider mon fils à se reconstruire, à oublier. Vous seuls avez le droit de décider de la punition. Mais mon coeur de mère vous dit que Dieu donne la vie et Dieu seul peut l'enlever", a-t-elle déclaré, très émue.
Le plus âgé des deux accusés présents dans le box, de grande stature, les bras croisés et toisant constamment le public, n'a eu qu'une brève réplique au juge: "j'étais ivre".
A l'issue de l'audience, qui a duré plus de trente minutes, le procès a été ajourné au 28 novembre pour procéder à l'audition de la défense.
Mme Robert, qui vient de rencontrer la mère de l'accusé mineur, a dit à l'AFP qu'elle y assisterait. Elle a fait état, sans autre précision, de "discussions, dans un esprit d'ouverture et de grande transparence" avec les autorités locales.
Mme Robert avait affirmé à l'AFP à l'occasion d'une précédente audience avoir "introduit un recours judiciaire contre les gouvernements d'Abou Dhabi et de Dubaï, en France et en Suisse, pour avoir essayé de couvrir l'affaire". Elle les a aussi accusés d'avoir "caché que l'un des agresseurs était séropositif".
La journaliste a lancé le 23 octobre un site internet où elle demande le soutien du public et de personnalités pour que les Emirats reconnaissent dans leur droit le délit de viol de nature homosexuelle et se dotent de structures adéquates pour soigner les malades du sida.

