PARIS (AFP) — La CGT qui accepte désormais de négocier la réforme des régimes spéciaux de retraite entreprise par entreprise, mais en présence de l'Etat, veut éviter une grève prolongée qui la couperait de l'opinion publique et notamment de nombreux salariés du privé.
Avant même le début de la grève à la SNCF, la RATP, EDF et GDF, le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, a fait mardi une ouverture en direction du gouvernement, en abandonnant sa demande de réunion nationale tripartite (Etat, syndicats, entreprises).
Même s'il est loin d'être acquis qu'une telle attitude soit partagée par la base des cheminots ou électriciens cégétistes, la direction de la centrale, première dans les entreprises publiques concernées, semble renoncer à faire revenir le gouvernement sur les "principes fondamentaux de la réforme".Il s'agit du passage aux 40 ans de cotisation, le principe d'une décote (malus en cas de durée de cotisation insuffisante) et l'indexation des pensions sur les prix à la place des salaires.
Le secrétaire général de l'Elysée Claude Guéant s'en est félicité auprès du Monde, en soulignant que "Bernard Thibault a fait en sorte que la crise puisse se dénouer dès le premier jour du conflit".
A la veille d'une grève très suivie, un pas important a en effet été accompli par M. Thibault, figure du long conflit de 1995 qui avait poussé Alain Juppé à abandonner la suppression des régimes spéciaux.
"Le contexte politique a changé: Nicolas Sarkozy a beaucoup mieux vendu sa réforme à l'opinion publique que M. Juppé. Et la CGT ne veut pas se couper du privé", explique Michel Dreyfus, directeur de recherche au CNRS et historien de la CGT à Paris I. Depuis son arrivée à la tête de la confédération en 1999, après avoir dirigé la CGT-cheminots, M. Thibault a tenté de poursuivre la stratégie d'"ouverture" initiée par son prédécesseur Louis Viannet.
Outre une prise d'autonomie croissante vis-à-vis du Parti Communiste, conduisant à une "dépolitisation" d'une confédération recentrée sur sa vocation syndicale, la direction cégétiste a tenté de redéployer le syndicat vers les salariés du privé, partis massivement dans les années 80. Ils représentent désormais une majorité (52,5%) des syndiqués à la CGT, mais les bastions publics de la confédération pèsent encore lourd.
La centrale a adopté une réforme clé à son congrès de Lille en 2006: elle a décidé une nouvelle répartition de ses finances pour appuyer son développement dans le privé, aux dépens du poids relatif de ses fédérations les plus puissantes.
Certaines d'entre elles, dont la CGT-cheminots, avaient d'ailleurs vigoureusement contesté ce changement défendu par M. Thibault. Son adoption a renforcé en interne la position du secrétaire général, mis en minorité un an plus tôt par les "durs" de la centrale opposés au traité de constitution européen. Et les 82% recueillis sur son bilan en 2006 l'ont sans doute aidé dans les intenses tractations internes qui ont fixé la stratégie de la CGT avant la grève de mercredi.
Selon M. Dreyfus, la centrale a peut-être aussi craint de se trouver isolée face au gouvernement: "FO qui était aussi partie bille en tête contre la réforme en 1995 a aujourd'hui une position plus complexe", explique-t-il.
D'autant que 2008 pourrait voir des changements majeurs sur l'échiquier syndical, avec une négociation attendue sur la représentativité et des élections prud'homales en décembre, ouvertes à tous les salariés du privé.
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