L'ONU veut consolider la paix en RDC, pas de retrait imminent de sa mission

KINSHASA (AFP) — Une délégation du Conseil de sécurité de l'ONU a réaffirmé samedi à Kinshasa son engagement à appuyer la consolidation de la paix en République démocratique du Congo (RDC), pays ravagé par des années de conflit où le retrait des 17.000 soldats de l'ONU n'est "pas pour demain".

"Nous sommes venus réaffirmer l'engagement du Conseil de sécurité pour contribuer à la consolidation de la paix et de la stabilité en RDC, en particulier à travers la Mission de l'ONU en RDC (Monuc)", dont un "retrait graduel" est envisagé, a déclaré à la presse l'ambassadeur français Jean-Maurice Ripert, qui conduit la délégation du Conseil en RDC.

A l'issue d'un entretien d'une heure avec le chef de l'Etat congolais, M. Ripert a affirmé que Joseph Kabila avait "une vision très claire de l'avenir de son pays" et des "gros problèmes" auxquels il est encore confronté aux plans sécuritaire et humanitaire.

"Il entretient de bonnes relations avec la Monuc, mais il espère qu'un jour (...), la Monuc pourra se retirer, tout en sachant que cela n'est pas pour demain", a-t-il ajouté.

Actuellement la plus importante mission de maintien de la paix de l'ONU dans le monde, la Monuc compte environ 19.000 personnels civils et militaires.

M. Ripert a rappelé "l'exigence du Conseil que les milices et groupes armés qui sont encore présents dans l'est de la RDC déposent les armes", encourageant les efforts entrepris dans ce sens par le gouvernement congolais et dans le cadre de la coopération régionale.

L'ONU soutient activement les processus de paix de Nairobi et de Goma, qui visent à restaurer la paix dans les Kivu (est) où, cinq ans après la fin de la dernière guerre en RDC (1998-2003), sévissent encore des milices locales et étrangères.

Le processus de Nairobi, lancé en novembre 2007 par la RDC et le Rwanda, vise le désarmement - de gré ou de force - et le rapatriement dans leur pays des rebelles hutus rwandais installés en RDC et dont certains ont participé au génocide de 1994 au Rwanda.

Bien qu'affaiblis et divisés, ces rebelles, estimés à entre 6.000 et 7.000 dans les Kivu, restent considérés comme une des principales menaces pour la stabilité régionale. Mercredi, un groupe de ces rebelles a attaqué un camp de déplacés de guerre au Nord-Kivu, faisant neuf morts et une vingtaine de blessés.

Le second processus, dit de Goma (capitale du Nord-Kivu), a pour objectif la restauration de la paix et le développement des Kivu, à travers le désarmement des groupes armés congolais de ces régions, qui ont signé en janvier 2008 un cessez-le-feu.

Si aucun affrontement d'envergure n'a éclaté depuis, certains groupes continuent à recruter des combattants, notamment des enfants, selon l'ONU, et les accrochages restent réguliers au Nord-Kivu, qui compte 857.000 déplacés de guerre.

Pour la délégation du Conseil, le rétablissement de l'autorité de l'Etat en RDC passe par une profonde réforme du secteur de la sécurité et de la justice, a souligné M. Ripert.

Un enjeu dont est parfaitement conscient le président Kabila, qui a affirmé sa détermination à lutter contre l'impunité et déploré le nombre important de viols enregistrés dans l'est du pays, selon l'ambassadeur sud-africain au Conseil de sécurité, Dumisani Kumalo.

"Le président pense que la Cour pénale internationale fait du bon travail", a-t-il ajouté, en référence à l'arrestation - depuis 2006 - pour des crimes de guerre et contre l'humanité de trois chefs miliciens congolais d'Ituri (nord-est) et de l'ancien vice-président de RDC et principal opposant de M. Kabila, Jean-Pierre Bemba.

Les trois premiers ont été arrêtés en RDC et le quatrième en Belgique, pour des crimes par ses hommes en Centrafrique en 2002 et 2003. Un cinquième mandat de la CPI vise un ancien milicien d'Ituri qui est actuellement le bras droit du chef rebelle tutsi congolais Laurent Nkunda, acteur clé de la crise au Nord-Kivu.