Egypte: prison ferme pour 25 dirigeants islamistes devant une cour militaire
LE CAIRE (AFP) — La justice militaire égyptienne a condamné mardi 25 dirigeants des Frères musulmans, accusés de financement d'une organisation interdite, à des peines allant jusqu'à 10 ans de prison, acquittant 15 autres.
Le numéro trois de la confrérie islamiste, Khaïrat al-Chater, important homme d'affaires et responsable financier du mouvement, a été condamné à sept ans de prison, tout comme un autre dirigeant, Hassan Malek, a indiqué à l'AFP une source judiciaire.
Cinq membres des Frères se trouvant à l'étranger ont écopé de 10 ans de prison, tandis que 18 autres ont été condamnés --dont deux par contumace-- à des peines allant de trois à cinq ans, d'après la même source.
Les 15 autres membres de la confrérie jugés dans la même affaire ont été acquittés par le tribunal, situé dans la zone militaire d'Haikstep, au nord-est du Caire.
Les verdicts prononcés par la justice militaire sont sans appel.
Accusés de "blanchiment d'argent et financement d'une organisation interdite", les 40 hommes comparaissaient à huis clos depuis le 26 avril 2007.
La confrérie des Frères musulmans, créée en 1928, a été officiellement interdite en 1954, mais elle est relativement tolérée.
Elle détient un cinquième des sièges au Parlement depuis sa percée historique lors des législatives de 2005. Ses députés avaient alors été élus sous l'étiquette "indépendants".
C'est le président égyptien Hosni Moubarak qui avait décidé de déférer les 40 hommes, détenus depuis décembre 2006, devant la justice militaire.
De nombreuses organisations internationales des droits de l'Homme avaient critiqué l'Egypte pour avoir déféré des civils devant des juridictions militaires.
"Il s'agit d'un jugement injuste et extrêmement étrange. Ce sont des condamnations politiques (...), qui reflètent l'extrême violence du régime envers les Frères musulmans", a déclaré à l'AFP le numéro deux de la confrérie, Mohammed Habib.
Pour Amnesty International, le verdict constitue "une subversion de la justice en Egypte".
"Le verdict d'aujourd'hui ne laisse aucun doute sur le fait que les autorités égyptiennes veulent à tout prix poursuivre leur campagne visant à saper, à tous les niveaux, le principal groupe d'opposition du pays", a dit à l'AFP Nicole Choueiry, porte-parole d'Amnesty International pour le Moyen-Orient.
Les accusés avaient été arrêtés lors d'une rafle dans les rangs de la confrérie, après une démonstration d'arts martiaux d'aspect militaire menée par des étudiants islamistes dans l'enceinte de l'Université islamique d'Al-Azhar, au Caire.
Malgré une décision de la Cour d'assises ordonnant leur libération, M. Chater et d'autres cadres des Frères musulmans ont été maintenus en détention.
La campagne à l'encontre de la confrérie a en particulier visé le financement du mouvement. Les avoirs de M. Chater ont été gelés, ainsi que ceux d'autres hommes d'affaires liés aux Frères musulmans.
Mardi, 34 sympathisants de la confrérie et proches des accusés ont été arrêtés devant le tribunal militaire après s'être heurtés aux forces de sécurité, déployées en masse, a-t-on en outre appris de source de sécurité.
Trois journalistes, dont un photographe de l'agence espagnole EFE, ont été interpellés puis relâchés, a précisé la source de sécurité.
La carte mémoire de l'appareil photo du photographe a toutefois été confisquée par la police, a indiqué à l'AFP le directeur d'EFE au Caire, Javier Otazu.
Le gouvernement égyptien accuse la confrérie de vouloir réactiver son aile militaire et de viser à terme à renverser le régime.
La confrérie a été mise hors-jeu lors des municipales du 8 avril, scrutin qu'elle a boycotté après avoir vu l'écrasante majorité de ses candidats écartés.
Les Etats-Unis se sont dits inquiets des informations faisant état d'arrestations, de harcèlement ou de censure de candidatures à l'occasion des municipales, réclamant plus de liberté en Egypte.

