JOHANNESBURG (AFP) — "Dieu soit loué!", crie Xolani Sithole, sautant le poing levé dans une église de Johannesburg. Entouré d'une trentaine de chanteurs de gospel, il fait vibrer la foule mais regrette que ce chant populaire attire parfois des musiciens plus en quête d'argent que de foi.
Dans un pays où 43% de la population vit sous le seuil de pauvreté, les tentations sont grandes pour ces chanteurs du dimanche de se lancer dans une carrière professionnelle: les disques de gospel sont parmi les plus vendus en Afrique du Sud et le style connaît un succès croissant.
L'industrie du disque prospecte parfois dans les églises et débauche les meilleurs chanteurs. "C'est plus l'argent que la religion" qui les motive, regrette Xolani Sithole, 34 ans, dont la performance remue ses choristes -- certains sont au bord des larmes -- et suscite l'enthousiasme d'environ 2.000 fidèles.
Ceux qui n'ont pas les pieds sur terre peuvent tomber dans la "drogue", "l'alcool" voire "l'homosexualité", prévient le charismatique pasteur de l'église Oasis de la vie de la famille, Isaac Sithole (sans lien de parenté avec le chanteur).
"Je leur dis: +vous allez mourir!+", s'exclame le pasteur, qui vend des DVD de ses sermons à la boutique de l'église, située dans le bidonville de Daveyton.
"Une carrière professionnelle les tuerait. Ils ne savent pas comment rester de bons chrétiens", poursuit le pasteur, tout en reconnaissant la nécessité pour les musiciens du township de gagner de l'argent.
Avec sa bénédiction, un de ses protégés, Tshepiso Motaung, vient d'ailleurs de sortir son premier CD. "Je dois bien vivre, tout le monde va là où l'herbe est plus verte", philosophe ce musicien de 35 ans qui a gardé des liens très étroits avec l'église Oasis et lui verse 10% de ses gains.
De même, certaines maisons de disques donnent un pourcentage des bénéfices aux lieux de culte d'où sont issus les artistes, selon Orrack Chabangu, directeur d'une des filiale d'Emi en Afrique du Sud, qui a la plus grande part de marché du pays.
"Au bout du compte, il y a un certain équilibre. On n'exploite pas l'église et vice versa", explique-t-il.
Leurs principaux clients sont des croyants et les meilleures ventes de CD peuvent atteindre plus de 300.000 exemplaires, précise M. Chabangu, avec des stars comme la chorale gospel de Soweto, qui a remporté un Grammy award, ou encore la chanteuse Rebecca Malope.
Aucun chiffre n'est disponible mais le gospel bat tous les records de vente, selon l'Association sud-africaine de l'industrie du disque et des critiques de musique.
Une telle popularité peut s'expliquer aussi bien par l'importance de la religion en Afrique du Sud que par la croissance économique qui permet à la classe ouvrière, grande amatrice de gospel, de s'offrir des albums.
Plus simplement, Xolani Sithole estime que "l'industrie musicale a réalisé que les gens aimaient le gospel. Pour eux, cela n'a rien à voir avec la religion".
Ce chanteur a joué dans différents groupes et va sortir cette année un CD de jazz et non de gospel, une musique trop personnelle, selon lui, pour la considérer comme un produit de consommation.
Mais "si Dieu permet que je fasse un album de gospel et que je gagne de l'argent, alors Dieu soit loué!", lance-t-il.
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