Les Européens proclament la Charte des droits fondamentaux dans l'agitation

STRASBOURG (AFP) — Les dirigeants de l'Union européenne et les eurodéputés ont proclamé mercredi dans une ambiance agitée la Charte des droits fondamentaux, une des rares innovations du traité européen qui sera signé jeudi à Lisbonne à être compréhensible par tous.

La cérémonie de proclamation de la Charte a été bruyamment chahutée par des eurodéputés d'extrême gauche et d'extrême droite, partisans d'un référendum pour ratifier ce traité.

Ils ont enfilé des T-shirts noirs et brandi des pancartes réclamant un "référendum". Et ont hué les discours du président de la Commission européenne José Manuel Barroso, du président du Parlement Hans-Gert Pöttering et du Premier ministre portugais José Socrates, président en exercice de l'UE.

"Malgré les cris", "ce jour est une date fondamentale de l'histoire européenne" puisque les droits fondamentaux font désormais "partie de manière irréversible du patrimoine commun de l'Union", a affirmé M. Socrates.

Les protestataires entendaient expliquer aux responsables européens "qu'ils ne peuvent ignorer les opinions des citoyens européens sur l'avenir de l'Europe", selon un tract distribué par des membres de la Gauche unitaire européenne (GUE).

La plupart des pays - sauf l'Irlande, tenue d'organiser un référendum - ont annoncé leur intention de ratifier le traité par voie parlementaire de peur qu'un "non" à un référendum ne torpille ce traité, qui remplace la Constitution européenne rejetée en 2005 lors de référendums français et néerlandais.

Les chefs des principaux groupes politiques au Parlement, y compris celui de la GUE, Francis Wurtz, ont unanimement condamné la perturbation de la cérémonie.

Le centriste britannique Graham Watson a dénoncé une ambiance digne d'un "stade de football", tandis que le socialiste Martin Schulz comparait les méthodes des protestataires à celles "du parti d'Adolf Hitler".

Les eurodéputés tenaient à cette cérémonie pour accroître la visibilité auprès des Européens de cette charte, infiniment plus compréhensible que les 285 pages de traité largement inaccessibles aux non-juristes.

Le traité européen qui sera signé jeudi ne reprend pas in extenso cette charte - qui avait été adoptée à Nice en 2000- mais lui confère une force juridique.

Elle rassemble en 54 articles l'ensemble des droits fondamentaux communs aux Etats membres (libertés individuelles, non-discrimination, citoyenneté, droits économiques et sociaux). Ils ne faisaient jusqu'ici l'objet d'aucune énumération détaillée dans un traité, et étaient disséminés dans plusieurs textes.

Elle ne protégera cependant pas le citoyen européen dans toutes les situations. Elle ne s'applique qu'aux institutions européennes (Conseil, Parlement, Commission) et aux Etats membres dans la mesure où ceux-ci "mettent en oeuvre le droit de l'Union".

Elle ne sera pas non plus applicable par tous. Le Royaume-Uni et la Pologne, qui craignaient que la Cour européenne de justice ne s'appuie sur la Charte pour leur imposer de nouveaux droits (droits sociaux pour Londres ou droits individuels comme le mariage homosexuel pour Varsovie), ont obtenu une dérogation à son application.

Des dérogations que les eurodéputés ont à nouveau déplorée.

"Nous espérons que le jour viendra où la Charte fera partie du droit de tous les Etats membres", a déclaré M. Pöttering.

"Je ne crois pas que l'on puisse faire une Union européenne avec une charte ou des droits à la carte", a aussi regretté Daniel Cohn-Bendit, co-président du groupe Verts au Parlement européen.

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