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Colombie: marche de milliers d'indigènes pour la terre et le droit à la vie

LA MARIA (AFP) — Des milliers d'indigènes ont commencé mardi à marcher pacifiquement vers Cali (sud-ouest de la Colombie), pour réclamer plus de terres, le respect de leur droit à la vie et un dialogue avec le président Alvaro Uribe, aux prises avec une agitation sociale sans précédent depuis 2002.

Plus de 10.000 autochtones de tous âges sont partis vers 09h45 (14h45 GMT) à pied de La Maria, village indigène situé dans une réserve du département de Cauca (sud-ouest), où ils se sont rassemblés à l'appel de l'Organisation nationale des indigènes de Colombie (Onic), a constaté un journaliste de l'AFP.

Les indigènes, qui avaient déjà marché contre le gouvernement Uribe en 2004, comptent parcourir à pied quelque 120 km pour relier la ville de Cali (500 km au sud-ouest de Bogota) la troisième ville de Colombie, en trois ou quatre jours.

"Nous marchons sur Cali, où nous espérons que le président Alvaro Uribe se montre", a déclaré à la presse Daniel Pinacué, l'un des dirigeants du mouvement, en ajoutant que si le chef de l'Etat n'acceptait pas un dialogue direct les autochtones iraient jusqu'à Bogota.

Leur équipée intervient après une semaine de blocages de routes qui ont par parfois tourné à l'affrontement avec les forces de l'ordre, faisant un mort et une centaine de blessés parmi les manifestants et 70 policiers blessés.

Les indigènes représentent près de 3% de la population colombienne et exigent du gouvernement qu'il leur remette plus de terres et qu'il respecte l'autonomie relative de leurs territoires.

Ils souhaitent que soit assuré leur "droit à la vie", se disant trop souvent victimes du conflit armé impliquant guérillas d'extrême-gauche, armée, paramilitaires et narcotrafiquants.

Selon l'Onic, plus de 1.200 indigènes ont été assassinés depuis 2002 et des milliers ont été déplacés dans le cadre de ces différends territoriaux.

"Ceux qui marchent sont convaincus d'appartenir à un peuple millénaire et de continuer à lutter pour l'essence de la vie. Ils marchent parce que nous ne voulons pas disparaître", a déclaré à l'AFP un des manifestants, Rodrigo Quira, responsable de la garde indigène du département de Cauca.

Les autorités assurent pour leur part que les autochtones disposent déjà de près de 27% du territoire et se disent prêtes à racheter plus de terres pour les remettre aux indigènes. Elles accusent la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) d'avoir infiltré le mouvement et estiment avoir déjà dialogué alors que, samedi, plusieurs ministres se sont déplacés pour tenter de mettre fin à la crise.

La marche indigène intervient alors que le gouvernement conservateur est aux prises avec une agitation sociale sans précédent par son ampleur depuis l'élection d'Alvaro Uribe en 2002.

Les coupeurs de canne sont en grève depuis la mi-septembre, ce qui a entraîné une hausse des prix du sucre et des carburants.

Près de 40.000 fonctionnaires de Justice ont pour leur part repris le travail jeudi, après une grève de six semaines qui a paralysé un système judiciaire déjà engorgé. Ce mouvement avait entraîné le 10 octobre l'instauration de l'état d'urgence, toujours en vigueur mardi.

Des employés de l'état civil et du Trésor ont également débrayé plusieurs jours et la Centrale unitaire des travailleurs (CUT, premier syndicat en Colombie) a appelé à une grève générale de tous les fonctionnaires jeudi.

Une concomitance "organisée" selon la présidence, qui estime que syndicats et opposition cherchent à déstabiliser le gouvernement et promet des poursuites contre tous ceux qui chercheraient à attiser la violence.