PARIS (AFP) — Figure très respectée de la scène française, Alain Bashung sortira mardi son nouvel album, "Bleu Pétrole", marqué par un retour aux mélodies et à un format de chanson classique ainsi que par l'influence des musiques de l'Ouest américain, folk et country.
Le changement est radical par rapport à son précédent disque studio, "L'imprudence" (2002), et ses morceaux psalmodiés à l'architecture complexe et déstructurée.
"J'ai fait la paix avec la pop music et j'ai eu à nouveau envie de mélodies, de chansons simples. J'ai laissé de côté mes idées d'une suite à +L'imprudence+ pour me projeter dans un disque très direct, que j'imaginais quelque part entre la country, la pop et la folk", explique Bashung, cité par sa maison de disques, Barclay (Universal).
Comme la plupart de ses disques, "Bleu Pétrole" est très réussi et figurera sans nul doute à la fin de l'année dans la liste des albums marquants de 2008.
Bashung, 60 ans, a fait appel à des collaborateurs talentueux: Gaëtan Roussel, de Louise Attaque (il signe quatre des onze chansons et en cosigne deux), les jeunes Arman Méliès et Joseph d'Anvers ou le producteur américain Mark Plati.
Autre invité de marque, Gérard Manset, dont l'âge et l'aura correspondent à ceux de Bashung. Manset a apposé son nom sur les chansons "Vénus" et "Je tuerai la pianiste".
Surtout, on lui doit le morceau de bravoure du disque, la magnifique et obsédante ballade "Comme un Lego", qui s'étire sur neuf minutes. Et "Bleu Pétrole" se clôt sur une relecture de son tube de 1975, "Il voyage en solitaire", en plus d'une autre reprise, celle de "Suzanne" de Leonard Cohen, dans l'adaptation française qu'en avait faite Graeme Allwright.
Musicalement, l'album est plein de guitares qui évoquent l'Ouest américain. Quant aux textes que ses collaborateurs lui ont livrés, ils traduisent un changement de préoccupations.
"Pendant longtemps, j'ai chanté des choses très centrées sur l'intime, le rapport à soi-même. Cette fois-ci, je voulais poser un regard plus ouvert sur le monde ou les choses de l'actualité, livrer mes sentiments sur l'époque", souligne Bashung.
Ainsi, les pistes de lecture sont diverses dans "Résidents de la République", qu'a écrite Roussel. Chanson d'amour hermétique, elle se veut aussi politique.
"Le passage sur le +rose avec des reflets bleus+, c'est pour signifier qu'on a plus que jamais besoin d'une vraie gauche", a affirmé Bashung à l'hebdomadaire Les Inrockuptibles. "Je n'y vois que du danger, Sarkozy invente un truc nouveau qu'il enterre le lendemain mais dont il subsiste des choses néfastes dans l'air ambiant".
Héritier tout désigné de Serge Gainsbourg (ils avaient collaboré en 1982 pour l'album "Play blessures"), le chanteur jouit d'une aura et d'un respect à part dans la chanson francophone, un statut qui s'affermit avec les années.
"Quels artistes français arrivent à changer radicalement d'un disque à l'autre, en dehors de Bashung, qui domine tout le monde de la tête et des épaules ?", avait ainsi affirmé Raphaël à l'AFP début mars, avant la parution de son propre album.
"Fantaisie militaire", qu'avait sorti Bashung en 1998, a d'ailleurs été désigné meilleur album des vingt dernières années en 2005, aux 20e Victoires de la musique.
Alain Bashung entamera début avril une tournée qui passera par l'Olympia les 10 et 11 juin et les Francofolies de La Rochelle le 11 juillet. Enfin, il joue dans le film de Samuel Benchetrit "J'ai toujours rêvé d'être un gangster", qui sortira mercredi.
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