Assises du Bas-Rhin: 20 ans de réclusion requis contre le Dr Jean-Louis Muller

STRASBOURG (AFP) — Le ministère public a requis mercredi une peine de 20 ans de réclusion criminelle à l'encontre du Dr Jean-Louis Muller, un ancien médecin légiste de 52 ans jugé depuis le 6 octobre aux assises du Bas-Rhin pour le meurtre de son épouse, tuée par balle au domicile familial.

"Après avoir lu de fond en comble le dossier et après avoir entendu tout le monde durant le procès (...), j'ai la conviction que la mort violente de Brigitte Muller ne peut résulter d'un suicide mais est imputable à une action homicide de Jean-Louis Muller", a asséné l'avocat général, Caroline Nisand.

"Un légiste devant les assises, cela ressemble à la trame d'un mauvais roman policier. Mais il arrive que la réalité dépasse la fiction", a-t-elle commenté. En homme "éminemment intelligent, le Dr Muller a utilisé ses connaissances pour maquiller le crime. Il ne mérite aucune indulgence", a martelé Mme Nisand.

Le soir du 8 novembre 1999, le corps de Brigitte Muller, une documentaliste de 42 ans, avait été retrouvé au sous-sol de sa maison à Ingwiller (Bas-Rhin), une balle dans la tête et le 357 Magnum de son époux à ses pieds.

D'abord classé comme suicide, le dossier avait été rouvert au printemps 2000. Jean-Louis Muller avait été mis en examen en 2001 pour meurtre.

Il y a quelques années, Jean-Louis Muller "intervenait devant des Cours d'assises pour dire ce qu'il fallait penser de la mort des autres", a rappelé la magistrate. "Il était au-dessus de tout soupçon et c'est ce qui explique les hésitations de la justice" dans une instruction de plus de six ans, ponctuée d'une vingtaine d'expertises, a-t-elle estimé, avant d'égréner les "éléments" qui ont "jeté le trouble" dans le dossier.

Pour l'accusation, la thèse du suicide avancée par la défense ne "correspond pas à la personnalité" de Brigitte Muller qui, après un accident de cheval en 1998, "remontait la pente".

Epouse délaissée, soupçonnant son mari d'entretenir une relation extra-conjugale, elle venait de rencontrer un autre homme et envisageait de changer de vie, ainsi qu'elle l'avait confié à des proches.

S'appuyant sur les "éléments matériels" puisés dans les expertises, la magistrate a enfoncé un peu plus le clou: l'aversion de Brigitte pour les armes; l'absence d'empreintes digitales sur le 357 et les munitions; la faible quantité de poudre retrouvée sur la victime; l'absence presque totale de matière organique sur l'arme "alors que la boîte crânienne a explosé dans un fracas d'ossements"...

Reste la question du mobile. Face à la perspective d'être quitté, cet homme "impulsif" et "narcissique" n'aurait pas accepté de "perdre la face" dans sa petite ville d'Ingwiller: le soir du drame, à l'issue d'une discussion houleuse, "il a préféré tuer (son épouse) pour garder la tête haute" avant de maquiller le crime en suicide, avance la magistrate.

"Ne tremblez pas au moment où vous déciderez de son sort (...) Il ne doit pas croire qu'il a commis le crime parfait", a-t-elle finalement lancé aux jurés au terme d'un réquisitoire implacable.

Plus tôt, l'un des avocats des parties civiles, Me Marc Vialle, avait lui aussi soutenu la culpabilité du Dr Muller, dépeint comme un homme "odieux" qui aurait "exécuté" son épouse.

La défense de l'accusé, qui comparaît libre et encourt 30 ans de réclusion criminelle, devait s'exprimer mercredi après-midi. Le verdict est attendu jeudi.