La Birmanie qualifie de "victoire" la conclusion de sa Convention nationale

RANGOUN (AFP) — Le régime militaire birman a qualifié de "victoire" la conclusion officielle lundi de quatorze ans de débats au sein de la Convention nationale, un processus qu'il a contrôlé de bout en bout et qui vise à doter le pays d'une nouvelle Constitution.

La dernière session de ces pourparlers, entamée le 18 juillet, a été largement éclipsée par des manifestations inhabituelles contre la vie chère que la junte a vite réprimées en arrêtant des dizaines d'opposants au cours des deux dernières semaines.

Le Premier ministre intérimaire, le général Thein Sein, qui a présidé lundi la cérémonie de clôture de la Convention nationale, a déclaré que celle-ci avait "terminé son travail avec succès".

"Il a parlé de victoire pour toute la population", a précisé un délégué interrogé par l'AFP depuis le complexe militaire au nord de Rangoun où se déroulaient les travaux.

La fin de la Convention nationale, à laquelle ont participé plus de mille délégués triés sur le volet, marque la première étape de la "feuille de route" annoncée en 2003 par le régime en vue de l'établissement d'une "démocratie disciplinée" dans ce pays d'Asie du Sud-Est, riche en gaz naturel mais où la grande majorité de la population est extrêmement pauvre.

L'opposition dirigée par Mme Aung San Suu Kyi, assignée à résidence depuis 2003, a boycotté la Convention nationale, ouverte en 1993 et qui visait à rédiger les principes d'une Constitution.

Le régime a annoncé son intention d'organiser un référendum sur la nouvelle Loi fondamentale, qui garantit à l'armée un rôle prépondérant, avant de procéder à des élections législatives, mais aucune date n'a été fixée pour ces scrutins.

En Occident, on a souvent qualifié d'"imposture" le processus constitutionnel qui s'est déroulé à intervalles très irréguliers pendant plus d'une décennie.

La Birmanie a été gouvernée par des juntes successives depuis 1962.

Le parti de Mme Suu Kyi, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), avait largement remporté des législatives en 1990, mais les généraux avaient refusé de reconnaître les résultats.

La Convention nationale s'est achevée lundi sur fond de poursuite d'une chasse à l'homme pour arrêter les derniers meneurs d'un exceptionnel mouvement de protestation déclenché le 19 août après l'augmentation massive des prix des carburants et des transports en commun.

Selon Amnesty International, plus de 150 personnes ont été interpellées, dont Min Ko Naing, ancien leader étudiant qui est aujourd'hui avec Mme Suu Kyi l'une des principales figures de l'opposition.

Lundi, les médias officiels birmans ont accusé Min Ko Naing de nombreux méfaits, notamment d'avoir incité la population à manifester et d'avoir tenté de perturber la Convention nationale, ce pour quoi il risque 20 ans de prison.

Depuis la semaine dernière, la Birmanie est la cible de vives critiques de Washington et de capitales européennes qui ont exigé que la junte libère immédiatement les manifestants pacifiques arrêtés et tous les prisonniers politiques.

Selon Win Min, analyste birman travaillant en Thaïlande, ces manifestations, couplées à des pressions diplomatiques de la Chine, ont poussé le régime militaire birman à accélérer la conclusion de la Convention nationale.

Parmi les délégués figuraient des représentants de nombreux groupes ethniques minoritaires qui espéraient obtenir davantage d'autonomie pour leur région, a-t-il dit. Du fait de ce mécontentement, "la junte avait tout intérêt à arrêter maintenant (la Convention)".